Led Zeppelin

François Bon - Rock'n Roll - Un portrait de Led Zeppelin

Le nouveau livre tant attendu vient de sortir !

:-)


Rock'n Roll - un portrait de Led Zeppelin

Mothership & c°

Vous saurez tout sur cet excellent blog

Merci à qui de droit !
Wink

Robert Plant & Strange Sensations Bordeaux Médoquine le 13.11.2005

Superbe concert fleurant à la fois le neuf et le feu, celui de l'image indélébile et magnifique du grand Led Zeppelin que Robert et ses hommes ont encore si bien su réactiver  pour nous. Ce fut vraiment géant, ces quelques photos sont mon modeste témoignage à cette superbe soirée de rock moderne et puissant .... Enjoy !  

quelques photos là 

 

Led Zeppelin I - La critique morceau par morceau




1 - Good Times Bad Times :


Le coup de poing dans l'estomac ! direct du gauche...un peu comme ceux qu'aimait asséner Miles Davis à ses jeunes coéquipiers pour tester le bandage de leurs abdominaux(dixit Roy Ayers), en fait, pour voir s'ils étaient prêts...

Hé bien là, c'est nous qui devons l'être, ce double riff d'entrée, alala, historique de part sa brièveté répétée en forme d'électrochoc, et puis ce son imparable, la cohésion impressionnante de ces quatre là, un très grand rock neuf, nouveau et bouill(on)ant, flamboyant.... On sens l'urgence de ces fameuses 30 heures (seulement !) passées en studio pour lui et tout le reste des morceaux à venir...


 2 - Babe I'm Gonna leave you :


Magnifique ce morceau, particulièrement influenciel © pour penser à la personne aimée par exemple et trouver la force de lui dire que l'on doit s'en aller...pour toujours ?. Il est presque trop beau, on n'ose pas en regarder le scintillement en face. Très belle production, c'est d'entrée la carte de visite de Led Zep cette disparité dans les climats, ce morceau est (déjà une sorte de Led Zep III à lui tout seul...


3 - You Shook Me :


Alors celui-là, je crois bien que peut-être que c'est mon morceau préféré de cet album...
C'est par celui-là et son esthétique que j'ai réellement découvert l'effet bénéfique que pouvait me faire le blues car, à la réflexion, tous les ingrédients s'y trouvent regroupés mais magnifiés ou comme projetés vers l'avant (la prod de Page n'y étant pas pour rien non plus...), le hurleur qui assène des vox de souffrance probablement et en celà écorchés encore plus par l'harmonica, et puis la guitare de Page qui s'envole en des (ses) myriades de notes en forme de vrilles cardiaques et se trouve magnifiquement produite, alala ce solo !!!... et puis le baston phénoménalement métronomique du Bonzo - et c'est par ce "test d'entrée" que je me suis définitivement assujetti à la batterie "lourde" - et puis le Jonesy à la basse déjà black-sautillante et à la très belle orgue...


ps : ...et j'ai tous simplement oublié de vivement conseiller la version de "You shook me" par Rod Stewart/Jeff Beck qui vaut elle aussi son gros pesant de cacahuettes.....


4 - Dazed and Confused :


Et voilà, à peine "You Shook Me" fini, on enclenche direct sur un autre blues, ce Dazed and Confused très inquiétant par la lancinante basse, limite glauque même, de très loin le fameux "Fat Time" de Miles Davis sorti en 1981 me le rappelle un peu de par son insidieuse démarche....je pense aussi au vert foncé limite glauque de certaines eaux profondes, ou de quelques bas-fonds de quartiers à la proximité d'usines désaffectées. La splendide étincellance de You shook fait donc place à une noirceur que l'on aime bien prendre le risque de fréquenter pour se faire peur, surtout que les passages à l'archet d'un Page satanique (déjà ?) ne font rien pour vous rassurer....


5 - Your Time is Gonna Come :


j'ai longtemps boudé ce morceau, je ne sais pas pourquoi, et j'y suis revenu assez tard, probablement suite à la découverte de grands organistes américains plutôt jazz-groove comme Jack Mc Duff ou encore Jimmy Smith, et puis maintenant, je trouve vraiment très prenante l'orgue du Jonesy, la réponse   " british" d'un amoureux de la black music à ses maîtres. Le morceau est extra en fait...


6 - Black Mountain Side :


Autre magnifique morceau qui me tiens bien au casque depuis tant de temps, j'aime beaucoup qu'il y ait des tablas aussi. Invitation à des voyages bizarres et neufs, envie d'Inde de comptoirs aux senteurs de curry, envie de méditer sur son "pauvre" soi-même.....

Le morceau est dans un genre de sépia filmé en super 8 avec une ou deux gouttes sur l'objectif, des gens enturbannés surpris d'être pris en train de sourire...


7 - Communication Breakdown :


Ce morceau est aussi killer que "Good Times bad times", le brûlot complet genre achétype de morceau zeppelinien hyper court, hyper rentre-dedans lui aussi...et une des causes me direz-vous ? hé bien concernant la rythmique Jonesy/Bonzo, j'avais lu quelque part qu'on pouvait faire plus lourd mais jamais aussi flashy ou alors plus flashy mais jamais aussi lourd. Et bien c'est tout à fait ça dans ce morceau ou Bonzo est absolument impressionnant de puissance et le Jonesy déjà très Jamersonnien en diable et qui joue à cache cache avec le Bonzo, et les deux autres qui se pame de plaisir à nous voir terrassés par cette décharge cosmique dont ils sont déjà très maîtres du générateur...


8 - I Can't Quit You Baby :


Si "You Shook Me" a fait comme m'expliquer des choses par la méthode persuasive, avec grand renfort de beauté et d'ampleur surtout en genre de mise en scène, "I can't quit you baby" m'a décrit une sorte de blues terrestre qui m'a éclaté à la tronche comme quelque chose de très roots et qui m'a persuadé de poursuivre dans ce sens avec d'autres, il m'a poussé vers Luther Allison, BB King, sans omettre Rory, Alvin etc....

Mais j'avoue être plutôt fan de ses versions plus brutes et live comme celles de BBC sessions ou bien celle de CODA....


9 -  How Many More Times :


Et dire que ce putain de Pagey a toujours dit qu'il n'aimait pas le jazz alors que ce morceau est tatoué d'un swing à mourir dès le début, c'est peut-être aussi ce genre de morceau qui m'a poussé au jazz plus tard....

le morceau est impressionnant en live (alala leur version à Bordeaux le 26 11 98 !!!), et puis le final, après le passage à l'archet de Pagey, très très lourd comme une sorte de machinerie de guerre imparable qui va crescendo....et dernière partie qui ne figurait pas sur le vinyl d'ailleurs.....

réponse à la question de ce morceau : le plus longtemps possible !


doms 


 

Led Zeppelin II - La critique morceau par morceau


1 - Whole Lotta Love :


là, j'ai presque envie de ne rien dire tellement ce morceau est complètement sur-humain et intemporel, il est déjà fantastique sur ce Led Zep II, mais les traitements live le magnifient ne serait-ce que par les medley blues qui y furent souvent inclus. Pour moi, de prime abord, il est moins rentre-dedans que ne le sont les très punchy "Good times Bad times" et "Communication breakdown" du précédent opus, il est plus comme une sorte de pièce architecturée avec une complexité certaine, et notamment ce très beau break électronique en plein milieu limite prog peut-être....


2 - What Is And What Should Never Be :


Alors là, on a du bonheur complet, de la furiosité hard qui fout presque sa branlée à "Whole lotta love", une sorte de truc plus pute, soit félin ou peut être alors crocodilesque, qui vous piste au détour d'un chemin, et là paf, ça vous alpague total, traitement live là aussi furieux et qui bastonne la tronche...et puis rien que le titre quand même...tout un programme non ?


3 - The Lemon Song :


Oh nom de zeus que ce blues aussi est bon ma bonn' dame!. Titre très sexe et suggestivement langoureux du Planty "hey babe, shake my lemon till the juice runs down my legs...."

c'est de la parole pur blues en fait, ils n'ont rien inventé, mais là encore un morceau qui m'a poussé très fort vers le jardin des blues possible, morceau extra...


4 - Thank You :


très beau morceau que, même si différent, je classe tout près de "Your time is gonna come". C'est marrant mais ces deux morceaux là m'ont toujours semblé préfigurer ce qu'à peut-être pu être "Ten years gone" bien plus tard pour certains fans, mais là aussi en différent. Des sortes de livres qui s'ouvrent et se mettent à parler en prenant peut-être un peu plus leur temps pour nous sussurer leur message, en faisant une sorte de pause quoi...


5 - HeartBreaker :


alors j'ai toujours pensé que c'était avec celui-là que Led Zep avait montré qu'ils pouvaient aussi faire du heavy-métal car ça en est bel et bien, la sonorité en métal gras de la gratte, une lourdeur "acier" insurmontable, et puis là aussi le break en plein milieu et ce bref gambadage de Page avec une gratte repeinte à l'acide gras avec une once de vitriol, et puis le Plant encore très hurleur, comme s'il en avait bu, mais c'est finalement très bien comme ça, et le gros syndicat d'airain et consort en arrière plan, mais si peu, en arrière, pour bétonner grave....morceau majeur, merde !


6 - Livin Lovin maid  (She's just A Woman) :


ça c'est un petit brûlot qui n'est pas mal du tout, mais je le mets en second plan quand même, il est extrêmement puissant pas sa brièveté, une sorte de "Wanton song" avant l'heure certes, mais c'est à dire qu'il y avait tellement d'autres bonnes choses autour aussi que bon....


7 - Ramble On :


E.X.T.R.A.O.R.D.I.N.A.I.R.E !!!!!

du Led Zep pur jus, un refrain infernal, les échevaux rythmiques impressionants par derrière, tant de PAGE qui n'en peut plus de faire tournoyer les aiguilles maléfiques de sa gratte que la chevauchée infernale flashy/heavy des deux autres compères...que voulez-vous, ce morceau fut un des deux rappels de Page/Plant à Bordeaux et bon, on s'est tous retrouvés sur le cul quoi....


8 - Moby Dick :


beaucoup de respect pour ce morceau j'ai acquis, la version studio bien sur mais pas tant que ça au début, faut être honnête, mais alors les récentes versions live de "How the west was won" et du DVD ...mamaille...bien que très branché batteur jazz-funk-groove et j'en passe et des meilleures, je crois très sincèrement que Bonzo était un énorme fou de la percu, une sorte de mec tribal, chercheur des sons du sol, de la terre, de la brousse même, un mec absolument pas définitif car capteur de tant de choses du coeur et de l'ouïe, d'ailleurs les images de ce Bonzo sur son dragster dans le film "The song remains the same" ou encore même avec ses énormes boeufs, hé bien c'est ça en fait le Bonzo, un batteur à la magnifique générosité terrienne...


9 - bring it On Home :


Et une coda avec encore un blues totalement incontournable, adapté par Led Zep pour le poulp de Led Zep...un démarrage extra cool, feutré, genre braises sous la cendre, et puis pof, les riff d'enfer du Page, moteur carburant navette spatiale, et que ça te cisaille la torpeur ambiante nom de dieu ! et les trois autres maréchaux ferrants qui rentrent dans la brèche brûlante, très très forte l'architecture de ce redoutable blues, là aussi, un archetype et le creuset/berceau de ce que sera le futur et totalement jouissif (lui aussi) "Over the hill and far away".....


doms

Led Zeppelin III - La critique morceaux par morceau :

 

 

1 - Immigrant song :

 

 

pas forcément le morceau "brûlot" que je préfère le plus du Zep, mais l'un de ceux qui m'ont le plus scotché dès la première écoute quand même...
d'abord, l'arrivée en crescendo de cette bizarre batterie métronomique de Bonzo à la sonorité "plastique", oui, comme quand avec mes frangins on s'amusait à faire de la batterie en tapant sur les culs de sorte de bidons en plastique très dur...hé bien là, ça fait pareil en fait, on dirait que Bonzo tape "névrotique" et en mode hyper speed sur des peaux en plastique, pour plus "taper" dans nos cervelets que dans nos ventres...et c'est diablement efficace je doit dire...
Pareil pour ce riff hyper meurtrier de Page, du riff non stop sur toute la ligne, pas de répit, ça doit tronçonner, zéro solo, tout dans un son de fin de monde, faut prendre les armes là, sinon l'on va creuver la gueule ouverte...en fait, ce genre de riff sera repris plus tard dans "The wanton song" mais en plus espacé, ce qui ne veut pas dire moins efficace....
Et puis cette voix hyper aigüe du Plant, guerrière effectivement, avec son thème principal à la hurlerie en plus grande évanne-essence que le reste de la troupe qui mouline sévère et dark/métallisée derrière en version compacte et ressérée, Jonesy y compris plus collé à Page qu'à Bonzo pour le coup....
Donc morceau killer et fausseur de route pour un album dont la pochette présageait plutôt du calme.....

 

 

2 - Friends :

 

 

quel inquiétant morceau !....je me le suis réécouté pas plus tard que samedi dernier vers 19h, je me rendais à une invitation, tempète de neige sur l'autoroute, plein de motards et de flics partout avec leurs feux clignotants bleus jouant avec le blanc floue des flocons, allure presque au pas de l'homme, on y voyait presque plus rien, ça me rappelait la scène tournée dans "Fellini roma" en pleine tempête sur le périphérique de Rome, quelque chose d'irréel au plan visuel, et en ce qui me concerne, impression grandement amplifiée donc par l'écoute de ce "Friends" qui en plus me rappelle certains éléments de la bo de la série de science-fiction "Les envahisseurs" et plus particulièrement celle que l'on peut écouter lors du changement d'acte et que le fond d'écran se déchire pour laisser apparaître le titre "les envahisseurs" ou "The invaders"...à tel point que sur cet autoroute enneigé, l'arrivée de quelques soucoupes volantes ne m'aurait pas parue déplacée...brrrr....
alors donc voilà, riff très bizarre de Page comme s'il tournoyait autour de lui-même, une impression de mouvante épaisseur à la puissance métallique qui met mal à l'aise parce que menaçante et imparable, et c'est tout à fait confirmé par les vox de Plant qui sont comme en porte à faux, "en biais" presque...on dirait qu'il y est chanteur des mots d'un troubadour de l'apocalypse...oui oui, je n'en connais pas les paroles mais "Friends" c'est bizzare comme titre d'un tel morceau....
mais j'aime être dérangé et effrayé par lui.....#

 

 

3 - Celebration day :

 

 

# ...d'autant que lui succède cette fournaise de "Celebration Day", assurément le "jour de fête" prétexte à bachanales impies et d'un noir profond, mais vraiment hein, ce morceau me semble black de par le riff de guitare de Page qui n'est pas sans me rappeler (mais de loin ...) celui que l'on retrouva plus tard sur le fantastique et dépravé "Fame" de David Bowie. Ce morceau me semble en effet fortement teinté d'une sorte de blues-funk mutant où les autres acteurs indispensables sont le tandem basse/batterie à la puissance et à la cohésion des meilleures sections rythmiques funk black de l'époque, et puis la vertiginéïté de leur rock colore d'or la queue de cette magnifique comète. Plant est tout à fait royal sur ce morceau, comme il le sera su le même en 98 à New Orleans...et puis ce sublime solo de Page concis, bref, parfait.....
bref, grand moment là aussi...

 

 

4 - Since I've been Lovin You :

 

 

intemporel, théatral, sorte de follow-up de "You shook me" mais en plus zeppelinifié, c'est à dire peut-être plus éloigné des sources Dixonniènes pour devenir définitivement labellisé Zep ©
Perso, j'en aime la progression puissante, les hurlements de Plant et plus spécialement son 2° "cri" (sur la version studio) que j'ai toujours trouvé ahurissant et quasi infini au niveau de la trace qu'il me laissa en plein coeur. Et puis il y a aussi ce solo de Page, flamboyant, ces myriades de notes qui explosent du manche de sa gratte via les marshall pour nous exploser en pleine tronche comme une...enfin, un.....
bref, n'oublions pas non plus nos deux associés basse/batterie lourdement indispensables....
magnifique ce blues, mais 7 ans plus tard, il trouva son maître....

 

 

5 - Out On The Tile :

 

 

probablement et définitivement l'un des meilleurs rocks du Zep. C'est brut de décoffrage, comme son titre qui signifie "au sortir d'un bouge" comprenons "bar à putes " probablement enfumé et sentant la bière chaude (le bar...)....
j'aime bien le riff comme lancé en l'air à chaque fois puis repris en continuation par la suite, très fort cette alternance de silences dans ce contexte très rock....toujours un Plant y chantant idéalement, très haut perchée la voix et limite maniérée, Page limite riffeur punky et toujours la flashy/heavy connexion derrière...
mais alors, et surtout, le magnifique final qui est une tuerie complète, même style de final à tout tuer que l'on retrouvera plus tard en fin de "Sick again", c'est à dire un autre riff de Page comme dans une apesanteur métallique et hypnotique, sur lequel viennent se poser les souffrances profondément écorchées des miaulements Plantiens.....

 

 

6 - Gallows Pole :

 

 

j'adore la progression de cette sorte de "hard folk" song. ça démarre en très beau thème de Page à la guitare acoustique, Planty minaude quelque peu dessus, Jones y tiens mandoline, et c'est mignon, joli tout plein, ça sent le bon foin juste fauché de Bron Yr Aur, il y a des jolies fleurs odorantes un peu partout...et puis et puis voilà-t-y pas que ça s'emballe sec, n'oublions pas que le titre signifie "potence", ça s'affole dis-je, Bonzo commence à bien blaxonner sa batterie, puis ça bastonne de plus en plus grave, une sorte de spirale infernale s'instaure, genre tourbillon en direction d'un gros trou noir aspirant tout sur son passage, nous y compris, c'est tout simplement un des morceaux les plus excitants de cet album....
bordel de merde !

 

 

7 -  Tangerine :

 

 

une toute petite intro ratée, et puis hop, nous voilà partis pour de vrai dans un très joli morceau folky que "Down by the seaside" me rappela quelques années plus tard...de la  belle guitare acoustique, un Plant au zénith, un Bonzo bien discret et une bien belle ligne Jonesyène...et puis ce court morceau offre en son milieu un superbe solo de Page et ça y est déjà, le petit conte de la mandarine est déjà terminé....
Adorables ces 3 mn si vite passées....

 

 

8 - That's The Way :

 

 

une autre belle balade country que ce "That's the way", très agréable ce style assez aérien en fait, grace à une voix pérégrinante d'un Plant très très zosiaux/ fleu-fleurs et surtout le jeu de guitare sèche enluminé des arabesque électriques magnifiques de la guitare Pagienne comme quelques ronds dans l'eau d'un lac....that's the way.....
antistress garanti !

 

 

9 - Bron-Yr-Aur Stomp :

 

 

toujours la belle guitare acoustique de Page en ouverture péchue et alors là, le "stomp" qui démarre la rythmique presque dès le début m'enchante, c'est très motivant, ça donne vraiment envie de se joindre à eux pour y chanter dessus, un peu comme sur le futur "Black country woman", genre jam country-blues....
très bien aussi les énervements vocaux du Planty , et puis...alala...vraiment j'adore les pom pom pom pom derrière , genre à donner du temps au tempo quoi, c'est très arrière boutique, au fonds de la grange , et oui, ces superpositions vox de Planty, ça le fait très bien aussi en plus....
extra ce morceau...je me boirais bien un single malt là dessus ou une guiness....

 


 

 

10 - Hats Of To (Roy) Harper :

 

 

magnifique ce blues, à lui tout seul, il décape autant que le futur "In my time of dying". Très roots brut de décof' genre Robert Johnson, cisaillements multiples de la gratte de Page, voix de Plant passée dans une sorte de vieux  micro 40s à filtre la vieillissant (ça a un nom hein, mais je ne m'en souviens plus....)
c'est efficace en diable, c'est tout à fait ce genre de blues primal que j'adorerais bien chanter....mais pas tout seul....
clos de manière inespérée cet album indispensable du zep....

 

 

doms

 

 

Led Zeppelin IV - La critique morceau par morceau :


1 - Black Dog :


Ce morceau m'a toujours impressionné par son côté lourd et léger en alternance, bruit/silence, night/day, ying/yang etc etc...

D'abord il y a cette intro très courte, sorte de son de rouage ou de vielle qui s'arrête net pour laisser place au cri de raliement très "fédérateur" de Plant. Et puis ça y est, la lourde imbrication métallique arrive une première fois pour envoyer la purée ©, celle conjuguée en une seule masse imparable du riff très original et en vrille de Page auquel est littérallement collée la rythmique flashy/heavy de la confédération Bonzo/Jonesy....on se prend donc une grosse mandale dans la tronche...et puis paf ! ça s'arrête (déjà) pour laisser place à Plant qui parle et exhorte plus qu'il ne chante, sorte de silence animé à capella quoi, et puis hop, revoilà la grosse purée riffesque, qui plus tard sera continuée aussi lourdement avec Bonzo toujours sur le même tempo, mais Page étant alors passé à un autre riff modifié semblant alors en léger décalage par rapport à la batterie et cet effet là, additionné à l'alternance instru/chant est amha d'un effet énorme sur l'auditeur, en fait, c'est la "fameuse" alternance musique/silence également utilisée en jazz et en funk, en fait, celà fait un effet chaud/froid vrai électrochoc qui nous amène carrément à entrer nous même dans le morceau....On retrouvera souvent cet effet dans d'autre morceaux comme "The Ocean" ou "For Your life"....
Et puis solo final grandiose de Page, un des meilleurs morceaux du Zep
A noter que live, ce morceau a en intro le tout début de "Out on the tile"...
Et puis à signaler le tout nouveau double live "double expresso" du Tony Levin Band sur lequel figure une version assez punchy (aussi) de "Black Dog"...

---> http://www.tonylevinband.com/


2 - Rock And Roll :


C'est avec des morceaux de ce style que Led zep s'affirme comme un groupe qui sait faire le rock and roll du futur comme des sortes de Chuck Berry. Et puis ce "Rock and roll" là vous pousse lui aussi vers le dance floor même si vous ne savez pas danser. Ce morceau là tue, juste en enfilade de "Black dog", contribuant ainsi à paver une sorte de boulevard du foutre musical...
Il n'y a rien à jeter dedans, la batterie est certe bien présente mais un peu en arrière plan quand même, Jonesy colle aux basques de Page qui, encore une fois, prouve qu'il y a "riff et riff ©" comme il le disait si bien de même que son très beau solo dedans, et puis le Planty joue le beau blond en la chaleur du rock, sorte d'entertainer en érection qui fait mouiller les jolies jeunes filles qui le badent, en jupes année 60 et qui virevoltent et ont oublié leur culotte au vestiaire....

Plus tard, des morceaux comme "Candy store rock" ou même "south bound saurez" me sembleront être les enfants de "Rock and Roll"...

Enfin, la première fois que j'ai écouté "Rock and Roll" live, c'est à dire sur leur premier live "The Song Remains the same", j'ai pris une des plus grosses baffes de ma vie !....ce son nom de zeus ! ce son !....


3 - The Battle Of Evermore :


Ce morceau, je l'ai découvert avant ceux de Led Zep III, je le trouve superbe mais également assez inquiétant par le tragique qu'il suggère, il a une épaisseur et une odeur folky donnée par les instruments acoustiques, la mandoline de Jonesy, la guitare de Page, et l'apport vocal de Sandy Denny, la femme au catogan et aux lunettes ovales comme on l'appelait à l'époque, sert beaucoup la diction chevaleresque de Plant. Ce morceau est plus puissant et "définitif" que certains assez comparables de LZIII. Alors oui on se trouve dans une sorte de conte de fées. Nous nous trouvons aussi dans de la "chanson de geste" moyen-ageuse, avec de forte odeurs tourbées, des odeurs de poudre à canons, je repense à ces torrents impétueux vus il y a quelques années en Ecosse dont l'eau tourbillonnante était marron foncée comme quelques single malts délicieux qui "brillent" mais ne "brûlent" pas, je pense aussi aux premières images de la vidéo du Unledded de Page et Plant en plein dans la nature verte qui semble presque étouffante tellement elle est pure. En fait, ce morceau me provoque l'apparition de petites chandelles en plein dans les yoeux, comme s'il y avait trop d'oxygène pour respirer...
Belle bataille à l'issue de laquelle je me réjouis toujours de ressortir vaincu !


4 - Stairway To Heaven :


Alors ce fameux Stairway...j'ai été obligé de l'oublier carrément, je l'ai écouté des milliers de fois, j'en avait même appis les paroles par coeur tellement il m'avait motivé et fait prisonnier. C'est le morceau parfait, c'est la cigarette du condamné à mort autant que le billet doux glissé dans le sac de la fille qu'on aime, et c'est tant d'autres choses...

Les paroles elles-même me semble posséder un rythme, une musique propre qui nous émeut avant même de savoir ce qu'elles peuvent bien vouloir dire...

Il y a un état de grace dans ce morceau car le temps laisse libre cours à une respiration collective qui va peu à peu s'accélérer et...

Guitares acoustiques et flutiau au départ, ambiance éthérée et vocaux aériens, là aussi, vision de sous-bois, omniprésence chevaleresque, possession totale de leurs moyens par ces quatre musiciens associés, et puis le pouls de cette hydre à quatre coeurs va vraiment s'emballer, l'électricité ambiante explose et arrache à la terre de grand pans de matière qu'elle offre à l'éther, des éclairs foudroyants réveillent et font prendre conscience de soi, mais ils ne font pas forcément mal, ils démangent de l'intérieur, des pressions insoutenables s'accumulent et explosent en myriades d'étoiles jaillissant d'un manche de guitare.....
pffff....que c'était bon nom de zeus !...que c'était bon.....
 


5 - Misty Mountain Hop :


Il y a quelquechose de logique, de mathématique dans ce morceau...là aussi le côté peremptoire, imparable, le "bah, c'était écrit de toutes façons, ça devait bien tomber un jour", le truc qui nous rend inconsciemment fatalistes....surtout du ama à l'alliance géniale entre le riff vraiment bizarre et obsédant de Page à la présence rivée dans la cire et cette batterie métronomique de Bonzo qui semble remplir les pleins de ses déliés.

Et puis la voix assez affolée de Plant mais regroupeuse de bonnes volontés auditives, surtout quand elle est doublée, mais souvent limite ressemblant à celle hyper aiguë d'un gosse comme celle qu'il aura dans le futur The Song remains The same, et puis John Paul Jones en dandy au grave verbe élastique qui se colle à toute opportunité de gambadage rythmique à la précision d'une giclée Motown métallique, et puis celà finit dans des strates d'harmonie consensuelles, bizarre mais plutôt très sympa.....


6 - Four Sticks :


Le retour des longs couteaux, il fait froid dehors, la magie noircit des écrans immenses projetant bacchanales en fonds couleur d'airain où Plant - que dit-il au fait ? - semble tenir des propos effrayants de moine troubadour égaré dans une connurbation de blocs et immeubles gigantesques aux façades inhumaines...Le riff principal est la plainte répétitive en forme de raclure de gorge abyssale de quelque machine industrielle des temps anciens et devenue arme mi machine-mi monstre qui court par delà d'interminables rues luisantes de suie où s'échappent des enfances hurlant de la peur de l'avoir trop vite vécu....


7 - Going To California :


Tomber amoureux sur Going to California est le souvenir le plus brûlant sur lequel j'ose pourtant revenir aujourd'hui malgré la douleur que celà déclanche en moi...

Je crois que cette petite perle d'un folk cosmique irréel, cette voix magnifique de Plant juste après le fameux "all général...", et puis l'accompagnement Pagien si délicat, cette mention de la Californie qui m'a aussi tant fait rêver, et les voicing finaux doublés de Plant en fading du morceau...admirable...intemporel, définitivement indispensable !


8 - When The Levee Breaks :


Rien que pour le jeu de basse de Jones, déjà, cette adaptation d'un blues de Memphis Minnie est tout à fait jouissive....mais il y a cette voix d'engagement de Plant, encore fédérateur là aussi, il revient sur ses hurlements de Led Zep 1, mais on sent une maturité certaine acquise, et puis son harmonica...mamaille !

Bonzo, enregistré paraît-il au fonds d'un couloir pour en obtenir ce son en profondeur, genre tubulaire mais pour qu'il en sorte une grosse tornade blues là aussi...Là, il semble plutôt flashy que heavy....

Et puis du riff obsessionnel de Pagey, accentuant bien une certaine lourdeur de l'ensemble fortement entaillée/scandée par les drums de Bonzo dont on retrouvera plus tard la même présence sur In My Time Of Dying.....du reste, un peu comme Robert Fripp en fut friand chez King Crimson, j'ai bien l'impression que vers la fin du morceau, Page a même mis des parties de guitares retournées à l'envers, pas longtemps hein, mais ça le fait bien, et puis et puis à la fin des fin du morceau ce minuscule riff/éructation de Page largué là, comme une ultime mandale dans la tronche...waouu ! ce son là....

Ce beau blues, même si pas trop radical, clot un superbe album du Zeppelin, un album charnière en fait, car il porte en lui les stygmates des trois premiers mais se comporte déjà en éclaireur de ce qui va venir par la suite, je pense en particulier au superbe Houses of The Holy....

Et puis un héritage des sessions de ce Led Zep IV se retrouve dans Physical Grafitti, "Down By The Seaside" enregistré a Island Studios en 1971 et "Night Flight" et "Boogie With Stu" enregistrés à Headley Grange en 1971.
Alors un petit jeu pour finir : si ces trois morceaux avaient absolument du figurer sur Led Zep IV, comment les auriez-vous intercalés avec les autres ? sinon, lequels auraient-ils pu (du) remplacer à votre avis ? Bon et puis questions valables pour 3, 2 ou même un seul morceau hein....


doms

Houses Of The Holy - La critique morceau par morceau :


1 - The Song Remains The Same :


Une herse immense et chromée vient de se lever, dégageant ainsi  le passage à une horde magnifique de pur-sangs sompteux qui s'en échappent et partent alors  à 1000 à l'heure sur une piste faite des cendres volcaniques de cinq années de pure furie...

Aujourd'hui donc, oui, le chant est le même certes, mais les partitions ont changé. Voici le temps des nouveaux couteaux...On ne part pas pour l'année à venir mes enfants, mais pour un siècle...oui...regardez vous donc, regardons-nous...nous sommes ces petits gosses bouclés, nus comme des vers, gravissants les marches imparfaites de la chaussée des géants que reproduit si bien la pochette tant attendue d'Hipgnosis...Probablement l'une des plus belles du rock...Au milieu du livret de l'opus, en fond de bleu si profond et face à ces roches abruptes du temps, l'homme adulte fait-musique ne nous offre-t-il pas nous, horde de fans/enfants, ne veut-il pas nous immoler à la multiplicité des avenirs improbables qui sont fatalement couché dans ce premier morceau de fin du monde qu'est "the Song remains the same" ?

Oui, un rock d'une brillance d'airain est là, offrant en préambule le péremptoire de la herse métallique qui nous libère à penser ce que l'on veut de la vie, de la musique, qui nous pousse à l'assujettissement à ces nouvelles rythmiques tribales. Bacchanale de métal qui s'emballe dans le parfum enthousiasmant des arpèges de Page, ils ouvrent un ciel bleu tout entier aux sentiments troglodites de nos coeurs offerts, Jones lui colle au train tandis que Bonzo assure le maintien d'une certaine éthique à la binarité rock...et puis des clairières sonores calmes seront visitées où Plant offre verbe apaisant car en voix d'enfant, et puis le torrent sonore impressionnant repartira en fuite époustouflante jusqu'au solo/orgasme du maître des lieux, et ainsi va la vie quand il s'agit d'extase et d'amour du nouvellement dit et exprimé dans une telle évidence ! oui, c'est cmme celà que ce morceau devait être écrit bordel de merde !


2 - The Rain Song :


Beau morceau.
On avait pu dire qu'il s'agissait du nouveau Stairway to Heaven. Morceau pour l'amour de tout, morceau de vie.
Oui oui, belle architecture, beau son en studio...ah ben ça.. l'esthétique est là, c'est clair, les claviers de Jonesy aussi (et ils y sont pour beaucoup...), c'est aussi beau qu'une fôret du Vermont à l'automne...gros morcif aussi en live, genre bien meublant et qui est d'ailleurs en excellente transition juste après le fameux The song remains the same.
En fait, ce morceau est une bien belle balade que Claude Lelouch aurait cinochement pu écrire, en l'écoutant c'est l'histoire de tout le monde qui passe et défile là devant vos yeux pas ébahis, non, mais un peu car c'est de vous qu'il s'agit, mais content qu'il se puisse s'être trouvé quelqu'un pour penser à vous, à nous quoi, gens de la rue, à un certrain moment, et l'exprimer....

3 - Over The Hills And far Away :


Alors là, ces putains de Led Zep savent faire ça parfaitement, presque en dormant, et on l'a déjà vu...oui, vous savez bien, cette fameuse alternance calme/débourre, ben oui, par exemple dans le "Bring It On Home" du Led Zep II, ça démarre blues bien calme, et puis paff gros break métallique enriffé et prend toi donc ça dans la gueule Gastounet !

Hé ben là, Over The hill... est strictement sur le même concept. On te le démarre bien folky, le Planty et tout tranquilou, il te parle de ses nouvelles poules, de son coq, de ses pieds de tomates, et papati et patalère, ça sent bon le foin fraîchement coupé, et Pagey arpège hyper esthétisant derrière, Bron Y Aur et compagnie...

... mais le blème, c'est que gros break derrière genre coup du lapin, et pas le petit de garène, mais le gros australien qu'a du sacré muscle dans le slibart et gros pafff dans ta gueule donc !, et que ça te rocke les sens, ah oui ! Jones/Bonzo l'on signé ce putain de pacte flashy/heavy, et ça ne date pas d'hier et dans tous les sens et à donf la caisse qu'ils te les percutent les électrochocs successifs survitaminés en diable comme ils savent si bien le faire, ensorcelés à outrance par la voix putassière du Planty et par un solo sous la cendre genre démoniaque inoculé par le Pagey dans nos chairs offertes...
Alors voilà quoi....
Qu'est ce qu'on fait après ?....


4 - The Crunge :


Invite bien groove d'un Bonzo à 100% déjà dans la black thing, ligne de basse démentielle d'un Jonesy qui invite à la danse lui aussi parce qu'il est Jamersonnien et aime la Tamla Motown. Et puis le riff hyper funk de la gratte de Pagey et la voix raunchy en diable du Planty...
Et bien oui! c'est du funk, du très bon funk primal mesdames messieurs, les Led Zep font leur coming out, ils adorent James Brown et lui rendent cet hommage là qui est un baston total, une tuerie !

hey man...can you see the bridge ???

5 - Dancing Days :


Très très grand morceau particulièrement inquiétant, opposition entre "dance" et cette obscurité, et ce riff "qui fait peur" d'un Pagey magicien du noir...

On est dans les très grands morceaux de Led Zep, genre second couteaux au niveau buzz, par exemple du style "Four Sticks" ou encore "Sick Again", c'est à dire qu'il y a de l'épaisseur, de la strate métallique dedans...

Dans le riff de Page et l'association basse/batterie derrière, il y a du fatal, du prémonitoire aussi,  et c'est bizzarement un trait de fusain fortement soutenu par les lignes acides des synthés de Jones...finalement, j'aime avoir peur avec ça...

Et puis Plant est dans le genre diseur/précheur/annonciateur de lendemains effrayants, au son de sa voix, je ne parle pas des lyrics...

Et puis ça tombe au carré, au doigt et à l'oeil en stricte obéissance à ce riff ferme et ondoyant, en mode malsain, d'un Page maître oblique de ces sortes de déca-danses...


6 - D'yer Mak'er :


Rock Steady ? reggae ? Très marrant, et fort excitant par la lourde présence du drumming Bonzonnien derrière, et puis ce solo de Page comme enregistré dans le placard d'à côté...Ils avaient paraît-il perdu les paroles, d'où ces lyrics là...

Perso, j'aime bien ce morceau dont l'odeur d'épices me rappelle le "Hey Negrita" des Rolling Stones enregistré 3 ans plus tard...

Et puis il est également prémonitoire de leur "Fool in the Rain" où la polyrythmie de Bonzo s'était malgré tout fortement accentuée.....

7 - No Quarter :


Je pense que ce morceau est un des plus beaux et des plus ouverts du Zep car il va bien au delà du rock. Peut-être un des morceaux les plus proches de ce qu'à l'époque l'on pouvait appeler rock (où même jazz...) progressif, c'est à dire un morceau de "tous les possibles". Le piano de Jones est très ouvertement jazzy dans le sens d'une certaine "échappée" vers des ailleurs, voies fortement fréquentées par les jazzmen eux-mêmes à l'époque comme Miles Davis, Herbie Hancock etc...

En outre, le morceau est une petite merveille de producing, et puis la version studio me tire toujours les larmes, étant ainsi ressérée, par la dramaturgie qu'elle porte en elle, par plein d'autres petites choses, au niveau du break des atmosphères par exemple, et par les voicings finaux de Plant qui sont de toutes beauté, ben oui, je l'avoue, j'y ai souvent pleuré de bonheur dessus...

Magnifique pièce qui ne fait pas de quartier à la médiocrité mais ne nous assigne pour autant pas à rejoindre les notres si tant est que nous l'ayons pu être un peu....

8 - The Ocean :


Et puis pour conclure ce magnifique album, pourquoi pas un peu de rudesse, pourquoi pas se payer une sortie au bar, honky tonk, allez les gars, si on allait boire des coups et voir des gonzesses ?

Ce morceau me rappelle la rusticité d'un "Out On the Tile" par exemple, extrêment efficace, un rock brut de décoff' au fond hein, ça plaisante pas, riff bien rauque du Page, le Jonesy derrière en couverture la grenade aux dents, le Bonzo qui tape lourd mais bien aéré etbien burné/castagnette aussi, ah là là, c'est carré, ça groove impec ! ce qui n'exclut pas du bon solo Pagien qui arrive pour décontraster, et oui, le voilà en jam avec les potes, ce son nom de zeus !

Et puis ça repart en assure, puis on souffle un peu, la la la...la la la....trop sympa....et hop, foutons leur en deux ou trois autre dans la tronche, et puis...ahhhh....hé hé....ça y est...bonne petite jam de fin, gorgée de bonne humeur et de plaisir....et allez allez...hop... hop...

Coda très très sympa en fait...pour conclure un superbe morceau...

Et un magnifique album en fait, l'album d'un direction nouvelle ? plus progressive ? Plus mature ?

Les 4 premiers albums ne portaient pas de titre, celui-là oui, et les trois qui suivirent aussi....


doms

Physical Graffiti - La critique morceau par morceau :

            

 

Disque 1 :  
1 - Custard Pie :  
  
A peine deux ans que l'équipée à quitté les pièces en architectures progressives de la Maison des Saints, et les voilà fin prêts à reprendre la route des airs avec de multiples pupilles aux abois métalisés... Le printemps est là, l'air sent bon, oui, le dirigeable doit reprendre son vol en altitude très élevée et gonflé doublement de tous les trésors accumulés, cadeaux et ouvrages divers et luxuriants dont son immense ventre s'est gouluement goinfré... Comme les petits remorqueurs le font dans les ports et estuaires pour des navires 100 fois plus gros qu'eux, il faut un vaillant esquif au moteur puissant, au coeur vif et au ventre ferme et musculeux pour tirer au-delà du sol l'immense Zeppelin et l'amener comme un roi à se réaccaparer les méandres des cieux... C'est à ce petit brûlot de "Custard Pie" qu'imcombe la redoutable tâche dont il s'acquitte parfaitement. Il est d'une mécanique de précision à la rigueur d'une infernale fatalité. Ce morceau est un rock saignant péremptoire à la baguette de l'imperturbable riff Pagien, au tranchant luisant et bleuté-acier-trempé porté en coups répétés et métronomiques, comme autant de coup de couteau auditifs assénés par le frêle aubergiste de Psychose. De plus, la force en est démultipliée par la collaboration fidèle du pacte ©, celle de l'être rythmique bicéphale bonzojonesien offrant association de batterie et de ligne de basse comme collées l'une à l'autre, j'allais dire siamoises, et que je qualifierais de funky pour l'occasion, mais plus proche d'un groove militant et radical épuré, primitivement binaire que de celui plus débonnaire  maniéré, assurant cliquetis multiples sur les dance-floors. Robert Plant survole tout celà d'une voix haut perchée à la limite de l'effacement ouaté, une voix qui perce néanmoins et qui aurait presque selon moi le côté infantile de celle qu'il affectait d'avoir dans le morceau The Song Remains The Same. Vers la fin du morceau, Robert nous gratifiera d'une merveille de passage à l'harmonica dont le son frelaté rappelle ces alcools forts et rapeux dont s'abreuvent les marins en des lieux à la moiteur sensuelle enfumée et muskée... Enfin, après que Jimmy Page nous aura offert l'un de ses soli à la brillante liquidité mais dans l'urgence efficace de la brièveté, le morceau s'enfuira dan un fading satisfait de la mission accomplie, celle d'avoir fait s'envoler avec succès ce dirigeable brun aux multiples fenêtres...
2 - The Rover :  
 Maintenant que le vol est acquis en celà que le dirigeable peut maintenant voguer assez haut dans les airs, des observations de la terre peuvent ainsi être faites, par exemple, celle de ces "vagabonds" que nous sommes tous et qui traversent sans cesse tous les territoires dans tous les sens, en les annexant plus qu'en les respectant, c'est tout du moins ce que je comprend du titre et des paroles rapidement lues, à moins que ces vagabonds là ne soient les zep eux-mêmes qui, en 1975, avaient déjà plusieurs fois tourné tout autour de la planète dont surtout aux Etats Unis... The Rover est un morceau de 1972 à la charpente assez épaisse qui n'est pas sans me rappeler celle assez pataude et monumentale d'un Black Dog par exemple. Une entrée batterie tout d'abord, puis un riff de guitare plutôt épais mais précis, il tournoit quelque peu dans les airs et de manière répétitive et persuasive plus qu'enjoleuse, ces riffs là me font penser au gigantisme des énormes vers/boas qui sortent du sable dans le film Dune. La puissante batterie binarise à outrance en garde rapprochée derrière avec une particulière fermeté et avec quelquefois des éclairs de mitrailleuse comme pour mieux assurer la trajectoire alors que Jonesy fait carrément de la basse/pumping à côté et nous assène nombre de vérités caoutchouc en plein estomac...ça fait mal, le souffle est coupé, mais le plaisir est là... Tout celà alors que Robert le grand blond a déjà fait son entrée avec un voicing plutôt maniéré qui lui va si bien, le trip "chatte sur un toit brûlant", il est plus en avant que dans Custard Pie, on se l'imagine toujours rabattant d'un coup de tête ses longs cheveux vers l'arrière, il entraîne bien dans la course ses collègues à la persuasion du bien fondé de leur tirage de langue plombée... Ainsi va ce morceau qui n'est pas révolutionnaire mais dont la rockitude de haute volée rassure finalement, et puis le solo très élégant et bien jambu de Page apporte une courte joliesse amincisante bienvenue, et vers la fin, toujours ces fameux fadings où Pagey continue à riffer comme un fou en changeant d'octave pour aller vers plus d'aigues, comme ces derniers mots qu'on veut absolument pouvoir dire à travers la fenêtre du départ et ce, jusqu'à la fin, comme si la dernière goûte de tout nectar devait être bue...  
3 - In My Time Of Dying :    
"In my time of dying"..."le jour où je mourrai", actualité de la souffrance, d'abord lointaine et en multitudes noyées en l'instant, puis réapparue si proche en ce début de froid janvier, et ô combien douloureuse, jusque dans le plus profond de ma chair... Bizarre de devoir chroniquer ce morceau dans ces circonstances, je le connais depuis si longtemps, ah...les belles années d'insouciance, quand tout allait si bien et qu'il faisait si beau...et puis ce titre là, maintenant, en pleine tronche...le récit d'une vie entière en un accéléré d'à peine 11 minutes... Bizarre aussi la fin de ma chronique du Rover-vagabond d'il y a à peine deux mois "...comme ces derniers mots qu'on veut absolument pouvoir dire à travers la fenêtre du départ et ce, jusqu'à la fin, comme si la dernière goûte de tout nectar devait être bue..." Il y a bien des lustres, presque à chaque fois avant que nous ne partions au bahut après le départ au boulot du "paternel" réfractaire à ces sons et alors que nous avalions nos cafés au lait et nos tartoches à toutes berzingues, tu l'écoutais avec nous ce morceau que nous nous passions vite fait sur la chaîne familiale, oh oui maman, avec cette joie complice qui se lisait sur ton visage de nous voir nous en réjouir les oreilles dans l'interdit rock mais pas bien grave après tout...tu nous le fis si souvent comprendre...combien tu nous faisais rire quand tu prononçais (en le faisant exprès ?) et à notre insistante demande led tsipline ! led tsipline...  
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Alors donc le voici ce morceau particulièrement imposant comme le peut être une vie toute entière et bien remplie, oui, c'est un gros blues dont on reconnait et ressent les racines si lointaines magnifiées par la potion magique actuelle d'un Led Zeppelin perpétuellement regroupé en un bataillon infernal de vie et qui en fait ressortir toutes les vertues des chants brûlants de l'origine et de tant d'autres choses mixées, entremélées, qui ondoient lourdement, avec cette sorte de pouls surpuissant qui anime les tempes... Jimmy Page ouvre le bal en un large et métallique point d'interrogation arrondi un peu comme celui de la question que se pose le tout petit gosse qui sort du ventre de sa mère et se met à crier parce ça y est, c'est l'arrivée dans le monde, et ça te fout les chocottes...c'est un peu ce son de métal rèche décrit il y a peu dans une discussion à propos des cordes de guitare au son limite rouillé de Robert Pete Williams, le son des racines, de ces vieilles grattes usées de naissance avec leur tout petit micro chargé de gueuler au monde que celui qui les joue est vivant, furieusement même, et n'est pas une bouse... Après la courte intro, Page poursuit ce riff bizarre et obsédant avec de la slide qui commence à bien faire comprendre à l'auditeur que ça va carrément le trancher en plein bide cette histoire là, manière qu'il s'en souvienne lui aussi, à défaut d'en souffrir, ça me fait un peu l'impression d'une crécelle ou d'une vielle tout au long de l'intro et même après, et de la répétition d'une ritournelle grinçante, celle du souvenir omniprésent... Puis Plant, le vicaire blond, arrive pour dire les évangiles étoufées de cette messe sombre qui prend forme, ça sent l'ensens des célébrations occultes où l'on parle de mort avec la peur au ventre et la gorge serrée, les battements sourds des peaux des futs de Bonzo on déjà bien commencé à rythmer la cérémonie en la mise en mouvement de flots sonores de plus en plus puissants dans lesquels la frêle brasse du récitant est bien impuissante à le garder hors d'eau... C'est donc surtout Bonzo et Page les deux prêtres officiants de ce blues pachydermique qui enfle de plus en plus dans notre derme et nos veines, John Paul Jones lui est un peu effacé et plutôt collé au spectre dessiné par la pogne Bonzoiène, comme un vieux t-shirt sur un corps en sueur, Page assure de la grosse coutellerie de guitare, de plus en plus étincellante et parfois plutôt finement mise en page, il transcende le "dire" blues pour le porter à la fusion et Bonzo qui bastonne très très fort derrière comme pour dire que c'est lui le coeur de cette bachanale d'airain, ou si vous préférez, le socle....ou même l'autel... Vers 3mn45 Page nous perce littéralement l'âme par une déflagration tranchante comme un glaive qui nous saussissonne complètement et donne le feu de départ à une course poursuite assez folle entre lui et sa slide qui s'envole dans un tronçonnage crescendo absolument imparable de nos neurones et le Bonzo qui suit derrière comme un dragster polyrythmisé, fini le binaire blues cambrousard, place à l'urbain démultiplié.... La course folle semble même traîner le petit enfant Plant par la main, lui qui assure toujours avec cette voix enfantine du gosse qu'un monstrueux jouet dépasse, le bolide semble avoir atteint une vitesse de croisière assez élevée, comme une célérité intérieure qu'elle semble générer en nous, l'adrénaline quoi... Puis, comme vers la fin d'une vie, les chose reviennent comme en fin de boucle vers le début de tout, voici déjà l'épilogue de cette folle course, tout semble de nouveau plus calme et serein, l'un des blues les plus brûlants de Led Zeppelin et peut-être aussi des plus proches de la perfection. Repris maintes fois en live, ce morceau ne connaissait pratiquement pas de digression joué en public, il est un tout indissociable... Comme une vie entière....  
 
4 - Houses of the Holy :  
J'ai toujours trouvé ce morceau très accrocheur et décontrastant © par rapport à son très oppressant prédécesseur. En effet, au sortir de la procession ô combien douloureuse et racleuse de la messe rouillée d'In my time Of Dying, il fallait quelque chose de plus léger de plus grivois pour repenser aux corps vivants, ceux qui veulent continuer à bouger et suer dans des danses impies, ceux qui respirent fort et qui aiment... Même si ce morceau était un "fond de tiroir" de l'album précédent, je trouve pourtant qu'il n'aurait pas convenu à ce bel équilibre progressif et avait donc plutôt naturellement sa place dans ce puissant double bâtiment rock... "Houses Of The Holy" est donc un rock plutôt très carré, limite stonien, avec cette sorte de logique mathématique que l'on retrouve souvent chez Led Zep d'ailleurs, oui, comme des équations un peu complexes dont on se félicite de savoir les manier et d'en avoir trouvé la solution clef de leur petit royaume...Le morceau est démarré en flèche par le riff à sonorité tubulaire de Page, pas trop alambiquée la guitare sauf ce petit thème récurrent en forme de petit écheveulage métallique accéléré en plein vent vers le haut qui égaie le riff "sérieux" mais qui ne se la pète pas et, aux côtés du commandant, un lieutenant Bonzo qui bastonne très binaire derrière sans pour autant totalement féler le plancher, alors que Jonesy semble comme collé au Pagey un peu à la manière de ces passagers de motards auxquels ils se collent et dont ils aggripent fermement les hanches pour ne pas tomber à la renverse lors des accélérations...A la presque fin de ces quatre petites minutes, Pagey nous flanquera en pleine tronche l'un de ses magnifiques soli de "fin" de morceau dont il a le secret, genre de nous dire, allez les gars , encore un petit coup pour la route va... Dans toute cette petite fête, Plant, lui, est un tout petit peu en retrait ou timidement en avant, c'est vous qui choisissez, il chante "normal" quoi, chant rock sans trop de graisse et même guilleret et volontiers un peu racleur/hurleur par endroits, avec aussi de très beaux coeurs (ahhh...let the music be your master) quand ils ne sont pas légèrement parfumés early sixties, bref, sans ses fameux maniérismes exacerbés sortis lors des grandes occasions, vous savez, lors de ces célébrations universelles où il se croit le prêtre officiant, unique détenteur des fioles sacrées contenant élixirs d'immortalité rock... Alors avec tous ces "main" ingrédients , ne boudons pas notre plaisir, reconnaissons que l'on a quand même un sacré bon gros rock très attachant "fonctionnant" au quart de poil et dont on ne se lasse pas ...mais...mais...mais qui aurait malgré tout été un peu faible pour faire passer à lui tout seul Led Zep à la postérité ....  
 
5 - Trampled Under Foot :  
 
A l'époque, j'ai pris d'emblée ce morceau brûlot en pleine poire, face A du 45 tours que j'avais acheté fébrilement, dans l'attente du double bien cher pour mes petits biftons du moment, probablement que les découvertes préalables des autres Zep rendant l'attente de leur suite si excitante y étaient pour beaucoup, mais aussi les premières écoutes d'une musique black qui commençaient à bien me prendre les neuronnes comme le funk de James Brown dont l'influence s'était retrouvée avec bonheur dans leur "The Crunge" de l'album précédent, ou comme ces musiques soul de chez Tamla Motown produites par le magicien Norman Withfield, je veux parler des Temptations ou même de Undisputed Truth, et puis enfin comme ce "fameux" Superstition de Stevie Wonder déjà monstrueux joué par lui-même ou lors de la reprise bien lourde qu'en firent Beck Bogert et Appice et dont inconsciemment je retrouvais peut-être le feu dans ce morceau du Zep, bref, de multiples parfums qui me rendirent Trampled Under Foot indispensable ! Musicalement, difficile de parler avec raison de ce morceau tellement je l'ai en moi, on l'a beaucoup dit mais bien sur qu'il est plutôt funky et bien générateur de fournaise durable avec dès le début une rythmique obsédante menée par un clavier propre à certaines musiques black de l'époque destinées aux dance-floors mais pas encore disco... marrant d'ailleurs comme l'on ressent aussi presque celui des Doors dans son martelage répété du milieu. Mais le funk de Led Zep est forcément biaisé, lifté comme des balles de tennis bien envoyées à se prendre par rafales en pleine tronche alors que l'on ne s'y attend pas, l'ambiance est donc  plutôt celle d'un morceau hybride à la chair faite de soul de funk et surtout et toujours de rock, de leur rock... Donc en plus des claviers Jonesiens mais aussi de sa belle ligne de basse jamersonnienne (one more time) qui se tord d'aise dans ce contexte assez motown, Bonzo créé la "rattache au rock" en étant d'entrée plutôt lourd et rock binaros, pas flashy mais plutôt heavy rustique sur ce coup là, mais ça entraîne bien la loco vers l'avant, ça le doit, la voix de Plant y est surchauffée mais plus soul preachy que funk, et rock c'est indéniable, il hurle bien le diable blondinet, comme toute chatte sur un toit brûlant qui se respecte, très très bien ses vox en live sur ce morceau, il s'est bien reveillé depuis qu'il s'est échappé de la maison sacrée limite tranquille qui a précédé, et puis les éclairs torsadés des vrilles multiples de la guitare de Pagey apportent aussi cette "présence" rock mais très édulcorée, très complexifiée, il fait là son propre Norman Withfield mais avec sa guitare, comme pour nous saouler des mêmes lumières et éclairs que l'on peut retrouver en boîte, vous savez, ces grosses boules à petits carreaux réfléchissants les feux de la nuit qui tournent au plafond, ou bien ces lampes stroboscopiques, hé oui, quand on danse on arrive à ne plus s'appartenir en fait, on ne sait plus où l'on se trouve, si tant est qu'un petit passage au bar ait précédé nos déhanchements des samedis soirs ...Et ces alcools insidieux et très efficaces qui nous font tituber d'aise, ce sont toutes ces petites explosions par-ci par-là de minis soli de Pagey dont un vers la fin du morceau survenu d'on ne sait quel coin du plafond de ce night club pour nous achever et nous exploser de joie.... Et puis ce morceau est un genre de jam sans fin, et c'est particulièrement évident en live, il s'étend il ne veut plus en finir, il semble que celà pourrait durer des heures jusqu'à nous offrir l'extase de la trance un peu comme chez George Clinton et son P-Funk, le fun en moins celà dit,  ou un peu comme d'autres grands morceaux soul funk que l'on voudrait voir infinis tellement c'est bon, je veux parler par exemple de deux monstrueuses et moites pépites de Marvin Gaye comme "Got to give it up" ou même, plus tard, "A funky space reincarnation"... Alors voilà un morceau culte pour moi, ce sacré Trampled Under Foot ! Morceau mutant, morceau qui montre une fois de plus les multiples facettes de la scintillante et énorme boule Led Zep, ou ce fameux ballon que l'on voit dans "Le Prisonier", ce ballon gardien qui faisait toujours tout pour nous ramener au village Zeppelinien et dont il fut écrit il y a bien longtemps que jamais nous ne pourrions nous en échapper...     
6 - Kashmir :  
Quand j'écoute Kashmir, je ne peux m'empêcher de penser à la grande chanteuse égyptienne Oum Kalsoum dont j'avais lu quelque part que Robert Plant l'admirait. Cette femme, "la voix du rossignol" à laquelle l'Egypte toute entière était acquise, et même bien au delà de ces frontières, avait une voix admirable dont la poussière d'or me semble avoir orné dans l'esprit ce morceau… En effet, Kashmir est bien plus qu'un morceau rock. Certes il en a les fondations très solides comme pour tout monument qui doit être bâti pour traverser le temps, oui, dès l’intro, ce riff de guitare de Jimmy Page, obsédant et à l’épaisseur de strates à l’électricité multiple et au son savamment dosé par le maître, et puis le puissant drumming binaire de Bonzo, grand chambellan marteleur de gongs et de peaux, rythmant de bout en bout de ses tambours imperturbables cette musique faite procession  qui sinue et à la traînée de laquelle tout est fait pour que nous nous sentions comme obligés de nous joindre… Ce qui est très rock aussi dans leur démarche, c’est le principe de ces breaks dont le premier du genre à un peu plus de 2mn, Led Zeppelin on le sait est très friand de ce genre de « remise en cause » rythmique déjà ouie, mais que l’on retrouvera par exemple de manière presque systématique sur certains morceaux du futur Presence. C’est éminemment rock parce que ça brise un rythme qui pourtant ronronnait déjà très bien mais il devait falloir le remettre en question comme pour relancer la machine et créer moult  électrochocs supplémentaires, mais là, d’une façon assez nouvelle chez eux, en effet, ces breaks sont certes hachurés par des riffs assez souples et resserrés mais ils semblent déjà s’adjoindre en sonorité nouvelle le parallèle de myriades de violons en suspension comme pour nous donner envie du reste de voyage à venir … La voix de Robert Plant reste également plutôt rock, mais dans une neutre sobriété cette fois-ci, une voix empreinte d’une certaine gravité même, l’on dirait presque qu’elle en devient diseuse de fatalité ou d’impuissance, celle par exemple d’un enfant blond criant au pied de l’immense statue du temps et de la vie, elle faisant mine de ne pas lui répondre de suite.  Par endroit, son verbe s’échappe aussi en quelques envolées altières et d’une esthétique magnifique, se faisant ainsi pour quelques courts instants le faire valoir candide et bien frêle à l’immense creuset sonore dont ses amis entretiennent le bouillonnement de l’or en fusion  qu’il contient… Ainsi donc voilà la puissante machine Kashmir bien en route et qui carbure à bon tempo,  pas trop rapide pour bien s’insinuer en nous. C’est un moteur magnifique et rutilant dont la brillance des pipes s’abandonne assez tôt dans de luxuriants drapés, ceux d’une étoffe épaisse venue des meilleurs comptoirs d’Orient. Il s’en échappent alors mille et une allusions sonores comme ces claviers kitsch de John Paul Jones aux accords pas très éloignés de ceux de « Your time is gonna come » mais qui pourtant ont plus d’ampleur, plus de noblesse, peut-être aussi parce qu’ils sont plus « en altitude » et associés par intermittence à de magnifiques parties de violons qui sonnent à la manière de ceux de ces grands orchestres orientaux  dont les musiques magnifiques et nobles emplissent depuis toujours des théâtres bondés du Caire à Istanbul et de Tunis à Marrakech … Ce morceaux monumental est un tout indissociable assez proche de la perfection, il a pratiquement toujours était joué «en l’état » en concert, comme ce fut le cas pour In My Time Of Dying, il se dit qu’il pourrait bien représenter Led Zeppelin à lui tout seul, il tire sa force et son caractère intemporel du mariage idéal en sa propre chair de l’atome rock et toute la puissance nécessaire, avec les fragrances subtiles et multiples de la musique arabe qui vient l’orner par touches délicates et moirées, mais le rendant à ce point hypnotisant qu’on le croirait habité par un petit scintillement en perpétuel et doux mouvement , celui très persuasif du diamant ornant le nombril de la danseuse qui, depuis le début du morceau, sourit dans nos cœurs du haut de la sensuelle chorégraphie qu’elle nous offre… Quelques sept années plus tard, Robert Plant lui donna un enfant dans son premier album solo Pictures At Eleven. Le morceau s’appelle Slow Dancer  et il constitue une  très honnête suite à Kashmir  avec un côté lancinant et ondulant plus prononcé, surtout dans la voix de Plant, et des musiciens différents dont Cozy Powell à la batterie… Puis c’est dix neuf ans plus tard que Jimmy Page et Robert Plant décidèrent de donner à Kashmir un nouvel envol  en offrant à sa voracité tout un orchestre égyptien en guise de médaille du travail pour bons et loyaux services rendus à la nation Zeppelinienne.

 

Disque 2 :


 

1 - In the light :


 Après les mille et une nuits de Kashmir clôturant majestueusement le premier disque, il n’était pas prévu que nous redescendions trop vite sur terre, les voyageurs du Starship sont bien avisés…ils avaient prévu pour nous d’autres trips en tapis divers… Ainsi, In The Light débute le deuxième disque dans une atmosphère à la Terry Riley qui voudrait nous faire son India Song à lui, et pour l’occasion, c’est John Paul Jones qui se met aux fourneaux électroniques pour cette superbe intro d’un morceau jamais joué live, sauf par allusions furtives. En effet, il était paraît-il impossible de le jouer sur scène vu la complexité électronique fut-il dit à son sujet, ce qui ne manque pas de m’étonner quand on sait ce que faisaient de leurs claviers des Herbie Hancock ou autres Chick Corea à l’époque. Qu’importe, cela n’en garde que plus intacts son secret et sa rareté. Une intro qui n’est pas sans rappeler aussi l’exquis tapis sonore introductif que j’avais eu le plaisir d’écouter lors d’un concert  de Shakti il y a quelques années…merveilleuse impression de paie recueillie… Mais  après quelques mots assez préchi-précha dit sur ce tapis méditatif, le rock et ses turbulences ne tardent pas à prendre provisoirement le relais en un break assez baffe-à-la-tronche typiquement zeppelinien et assez spectaculaire car répété plusieurs fois tout au long du morceau comme pour asséner une bonne fois pour toutes le « définitif et irrévocablement rock » en nos cervelles offertes. Ce riff assez particulier de Page est en zigzag comme le « z » de Zorro signé plusieurs fois sur nos petites bedaines auditives émerveillées, le tout posé sur une autre ligne de guitare plus profonde et en léger contrebas qui arrive et s’éteint à chaque fois comme une petite comète furtive. Ce riff n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui plus volumétrique et baroque qu’avait concocté Steve Hove à peine deux ans après dans le majestueux « Awaken » qui tatoua à vie Yes et leur album « Going For The One ». Et pendant ce temps là Plant papotte, wo ou wo o….etc etc… Et puis ainsi va la vie zeppelinienne de l’instant, on aborde alors une clairière plus débonnaire ou le mélotron de John Paul Jones nous entraîne en un petit passage plus calme et convenu, ça assure tranquille, le Plant prêche à tout va et puis revoilà les rives du Gange tout entier devant nos yeux en attente et le riff du Zorro rock aussi est revenu nous racoller….in the light. …in the light…you will find the road….c’est mignon comme tout quand j’y repense…ça jour fort, ça fait plaisir … Mais le temps passe si vite dites donc….hé oui, en même temps que Plant re-chante toute sa préchouille, et vas y que je te « in the light …in the light… » , hé bien il y a Page derrière qui assure déjà  un final de guitare enchevêtrées absolument magnifiques, ça étincelle, ça aveugle, ça se myriade en multitudes de notes qui hypnotisent dans des célérités incontrôlées et  nous chopent le raisonnable comme pour dire qu’on est grisés pêtés par cette coupe offerte .et…hop hop…on ne dit pas de mal on aime…on l’aime ce fading…Mais oui on l’aime car c’est ça la classe de Led Zeppelin que de savoir « aussi » terminer ses morceaux dans une espèce de grandeur que d’autres ne se seraient pas offerte et pourtant, il ne s’agit que d’une aube ou d’un crépuscule…lequel choisir ? Vous me direz, tant qu’il y a du soleil, tant qu’il y a de la lumière…. Oui Ps : Il se disait à l’époque que In The Light était le morceau de bravoure de Physical Graffiti pressenti par Jimmy Page et non Kashmir, or l’histoire du rock en a décidé tout autrement. Allez savoir pourquoi…      
2 - Bron-Yr-Aur :  
  

Voici un bien joli morceau très rafraîchissant issue des sessions de 1970 du Led Zep III, celles aux Island Studios dont étaient également issus Since I've been loving you et That's the way... Page et seul avec sa guitare acoustique et nous offre un très beau folk de son cru et à force d'arpèges et d'accords délicats, il recréé là, devant nous, l'image sonore de Bron-Yr-Aur, le cottage de Snowdonia en plein coeur du magnifique Pays de Galles où le groupe s'est si souvent réuni pour composer et répéter... http://www.terresceltes.net/region.php?id=20 Musicalement, l'on est bien sur en plein dans l'ambiance campagnarde et bucolique de ce fameux album dont la venue avait tant étonné son monde à l'époque mais que tout le monde avait finalement bien aimé et adopté, il en devint même indispensable. En l'écoutant, je pense aussi aux superbes images de nature de la vidéo de "No Quarter", beaucoup de vert sur le morceau lui-même, mais des paysages plus déserts et durs comme sur le très sobre et acoustique "Nobody's fault but mine", et puis l'eau, l'air, la vie quoi ©... Finalement, je trouve que dans Physical Graffiti ce morceau était nécessaire, c'est une belle éclaircie, le genre de clairière à l'air frais et apaisant où le groupe se repose après le travail de titans déjà fourni jusqu'alors et pour mieux redémarrer pour la furie (souvent plus calme celà dit...)à venir. Et je me demande même si le premier disque et In the light ne seraient pas sensés représenter une sorte de best-of du début de leur carrière "lourde", et si ce tout petit Bron-Yr-Aur ne serait pas en fait le minuscule résumé du Led Zep III avec un peu le même rôle à tenir que tint en 1970 son père spirituel à la roue qui tourne... C'est sur que c'est ça... Non ?


 

3 - Down by the seaside :


 Pour reprendre en douceur les chemins du rock, Led Zep nous propose ensuite un petit évadé des sessions de l'album IV à la bonhommie très savoureuse et anti-stress, mais méfions-nous.... Un bon rock au global assez nonchalant qui démarre tout doucètement avec des guitares hawaiennes, de la batterie plotch plotch, la basse et les claviers sont aussi discrets que basiques et les paroles carrément bucolo-écolo dites par la voix lointaine d'un Plant tranquille qui nous fait son Neil Young en vacances californiènes avec de jolis choeurs derrière...
D'ailleurs, en parlant de Neil Young, ce grand homme, et pour l'avoir découvert bien après ce Physical Graffiti, plus j'écoute Down By The Seaside, plus je pense à lui en influence sur tout le morceau, j'imagine par exemple des images de vacances insouciantes et de bonheurs furtifs, prises avec une caméra épaule tournée direction le Pacifique et ses plages avec les jeunes "chasseurs" aux 4x4 topless et tuningués à outrance qui ont mis la clim et la musique à fond les manettes, à la recherche de jolies proies blondinettes et dorées aux généreuses poitrines et aux popotins aimants...Un mood west-coast assez sympatoche ressort de ce début de morceau peut-être....
Mais le nonchalant s'installant quand même un peu trop, pof voilà là aussi (sacré Led Zep !) un break ravageur en plein milieu du morceau où tout s'accélère façon Crazy Horse mais en moins rèche et garage, c'est surtout absolument éblouissant ce truc car Jimmy Page profite bien sur de l'occasion pour appuyer un peu plus sur le champignon et nous placer insiDieusement l'un de ses superbes soli de "circonstance" qui a la beauté de l'éclair comme c'est souvent le cas...là, la guitare est en accélération fluide et lumineuse, comme la lame luisante d'un beau couteau en plein soleil...

Intermède un peu trop bref à mon goût car on revient bien vite au nonchalant du début, mais c'est très bien comme ça, ce n'est pas forcément dans le speed et les soli à n'importe quel prix que l'on peut prendre son pied à tous les coups, Led Zep sait très bien celà, disons que l'on vient de se prendre une sorte d'éclair en plein pif qui nous a bien réveillé comme pour mieux apprécier le reste...nous sortions tout frais et reposés d'un Bron-Yr-Aur cambrousard, il fallait bien un intermédiaire calme mais raisonnablement épicé pour nous préparer à la beauté qui allait suivre juste après....


 

4 - Ten years gone :


 Avec ce morceau, voilà probablement la merveille la plus ambitieuse de l'album. Certes plus court et moins historique que des pièces telles que Kashmir (surtout lui) ou autre In the Light, il apparaît comme plus "progressiste", un peu comme l'avait pu être "No Quarter" sur l'album précédent. Il a en lui cette sorte d'espace temps qui défile plus vite que l'éclair dans nos esprits, et pourtant "sur le papier", il est sensé "durer" un peu plus de 6 mn, et il représente les dix années qui, à ce qu'on dit, se sont écoulées depuis le premier flirt important de Plant, c'est long et très court à la fois, comme ces quelques six années qui le séparent d'un "Babe I'm gonna leave you" du 1° album, dont il pouvait être la formulation "revisitée"...
Ce morceau est fait lui aussi de deux ou trois ambiances récurrentes aux intensités qui vont chaque fois crescendo. Une entrée en jolies petites arabesques de guitare cristaline et réveuse, comme on étale quelques vieilles photos sur une table de cuisine, puis une arrivée plus franche d'un bataillon de guitares en multi-riffs épais et parrallèles, comme le combat nostalgique pour faire resurgir le souvenir qui accélère alors les battements du coeur dans les tempes et serre les gorges, puis l'on revient à l'éthéré du début pour que Plant puisse enfin poser les premiers mots de son histoire....
Puis revoila déjà et en forme plus radicale les multi-riffs précédents plus affirmés là, avec derrière, un Bonzo beaucoup plus en avant, un Jonesy qui colle littéralement à la guitare Pagienne, ça commence à bousculer ferme, puis, puis, re-calme et mots Plantiens. Mais alors là, vers le milieu du morceau, Page nous offre un solo absolument royal de simplicité "apparente" car c'est d'une fine et délicate complexité ce qu'il construit là, c'est logique et ça coule tout seul...de plus, ce son puissant a l'air de s'enrouler sur lui même comme une spirale furtive, une sorte de serpent de chrome, puis la troupe se rafermi un peu plus pour donner dans un rock carrément plus lourd avec des riffs plus acerbes et précis et un Plant vraiment plus rageur, le pacte flashy/heavy ©, n'en parlons pas, et la guitare se lache totalement et s'envole alors dans des accords magnifiquement aériens et en luxueuse et chatoyante multiplication céleste...

Après cette sérieuse débourrée, l'on reviendra  un peu vers le calme du début mais sur fond à l'épaisseur électrique répétitive mais pas étouffante pour laisser à Plant le soin de finir son histoire en une voix plus sereine, manière de clore en beauté une célébration, celle de cette jeunesse que nous enterrons tous les jours un peu plus mais qui a quelques fois très loin ses racines...


 

5 - Night Flight :

Dès la découverte de Physical Graffiti, j'ai eu tendance à associer "Night Flight" et  "House Of The Holy" comme deux morceaux de rock  "presque" basiques, frères bien viandus et musculeux, plus radicalement rock que les autres car ils en ont bien les riffs facilement reconnaissables, une sorte d'urgence aussi, quelque chose de rapide de bref et d'incisif comme une mandale directe dans la tronche ou une invective lancée tout comme et qui ne tortille pas. C'est bien plus tard que, lors des remasterings, j'ai appris qu'ils avaient eu la même destiné d'enfants rejetés par leurs parents, le premier non retenu pour Led Zeppelin IV et le deuxième exclu du V "Houses Of the Holy" ...Et c'est ma fois tant mieux car ces deux là trouvent finalement bien mieux leur place dans cet énorme et généreux patchwork que dans les albums initiaux ...
Night Flight est donc assez court, ramassé sur lui même, il n'y a pas de lard, que du muscle, c'est Plant qui prend les manettes en premier et semble devoir mener la barque tout le long de ce vol de nuit éclair..."j'ai reçu un message de mon frère..." etc etc...j'avais même pensé au livre de Saint-Exupéry et à ces aviateurs de l'ombre en costumes de guerre, casques de cuir et lunettes d'antan, comme on peut d'ailleurs en voir sur la pochette avec les joues gonflées à l'extrême. Plant chante bien et sobre, pas de maniérisme là, il est rock dans l'efficacité, il borde bien chaque refrain d'un "oh oh oh ohhhh...." enjoleur qui me fait à chaque fois un gros effet comme s'il voulait bien ficeller le truc, puis vers la fin du morceau, sa voix se raidira dans une sorte d'acidité assez Joplinienne...
Bon, Plant c'est très bien, mais il ne faudrait quand même pas oublier le reste de l'équipage de ce petit quadrimoteur qui vole assez haut dans la nuit et cisaille bien l'espace de ses ailes tranchantes. Page fait le discret sur ce coup là, certes il assure du très bon riff rock'n roll imperturbable en imbrications nettes et précises de petites logiques de métal successives, mais point de solo, ben non les gars, on n'a pas le temps là, le rentre-dedans se passe très bien de chi-chi, allez donc demander à Chuck Berry s'il en faisait lui des soli ...Le "pacte " flashy/heavy est là aussi, Jonesy, en claviers très associés à la guitare, ce qui apporte un tout petit peu plus d'un noble jus à cette carcasse qui a faim, sa basse quant'à elle, sautille caoutchouc lointain mais ne fait pas d'éclat particulier car là il n'en faut pas, enfin, moins qu'ailleurs, puis le Bonzo, peut-être le deuxième vrai driver de ce morceau avec Plant, a une assure sobre et flash, un bon bordage lui aussi avec ces "tchacks" assez jouissifs par leur précision à l'orée et en clôture nette de chacun des refrains...
Ce morceau va très vite et voilà que c'est déjà fini !

"Night Flight" avait pour judicieuse mission de nous faire passer en un éclair du tapis merveilleux des souvenirs enfouis, vers plus de réalisme animal. Oui, il devait simplement nous ramener sur terre pour nous y voir courir quelques lieues et nous redonner l'envie aux choses du présent, afin de mieux nous préparer à l'impudeur chantée...

6 - The Wanton Song :

Après un vol de nuit assez débonnaire, The Wanton Song va très vite bouger le peuple zeppelinien quelque peu engourdi. Rock assez brutal dès le départ, gros son, et tout ça qui vous électrocute dès la première tombée d'un riff métallique assez tranchant rappelant, en à peine plus espacé, celui de Immigrant Song. Un journaliste écrivait d'ailleurs à l'époque que les hommes de Led zeppelin "pouvaient écrire des morceaux comme ça en dormant". Le Zep comme dans une sorte d'écriture automatique ou même mieux, le reflexe de Pavlov zeppelinien ?...
Donc comme souvent chez le zep, on a alternance d'atmosphères "chaud-froid" très vivifiante. Au début, la machinerie répétitive coup de poing à répétition se lance comme montée sur un ressort très tendu, le riff de guitare semble être un petit diable grimaçant qui sort du chapeau armé d'un couteau, la sonorité guitare est d'un métal rèche qui ne fait pas de quartier, puis après avoir bien commencé à ferrailler, ces riffs sont entrecoupés de breaks presque bonhommes et joviaux dont le deuxième comportera même un solo de guitare à la sonorité toute trafiquotée (j'ai même pensé au son d'un vieux clavier genre Rodhes réparé par le mécano du coin...), alors donc ça minaude tant soit peu quelques instants, ça soloifie sur le coin de la table en faisant des effets de manche mais pas très longtemps damoiseau parce que là ça ne plaisante plus, oui à chaque fois la fanfreluche est aussitôt coupée dans son maigre lard par une remontée métallique imparable de la guitare qui relance illico le morceau dans son écheveau de riffs du début. Ca c'est vraiment génial et ça tue parce que c'est comme si ça raccourcissait artificiellement le morceau en le rendant plus concentré sur lui même et ça, ça lui donne un regain d'énergie époustouflant...
Mais que devient le reste de l'équipe pendant ce temps ?
Oh elle est tout aussi indispensable que le "patron" et s'affaire dans l'urgence à faire de ces 4 minutes pure jouissance. Ainsi, dans le sillage métallier du maître  se sont sournoisement mais fermement associées les lignes de basse de Jones, faisant cette fois-ci corps dévoué au discours du leader et quelques infidélités au frappeur de tambours qui lui ne s'ennuie pas pour autant. En effet, le rôle de Bonzo est probablement majeur dans ce brûlot, sa frappe épurée est sèche et très précise, là aussi en un peu moins speedé, j'aurais tendance à rapprocher son drumming de celui qu'il avait dans Immigrant Song (décidemment !) parce qu'il est très nerveux, plus en façade ou à plat si vous préférez qu'en profondeur, au détour de certains passages, sa batterie se fait même quelquefois mitrailleuse comme pour maintenir un certain ordre et de la sécurité dans la trajectoire fulgurante de cette équipée bien pressée. Et là sa frappe, mais l'a-t-on assez dit ?, est tout simplement ahurissante de précision et c'est bien celle-là qu'il fallait et à tous ces endroits précis, et celle de personne d'autre à tel point qu'on a furieusement envie de lui dire "hats off to Bonzo", sans lui ce morceau....
Enfin, Plant a une voix assez haut perchée, légèrement affectée mais pas trop maniérée elle est surtout très rock et vicelarde en diable car le morceau parle un peu baisouille quand même. Ben oui...Alors son organe vocal s'étale un peu partout au-dessus des sons des autres chevauchant de riff en riff, parlant sexe et amour comme souvent et avec ce qu'il faut de lascif.  Plant chante à la limite "avec la gorge" et imprime la plainte bluesy à ses mots, cette voix est celle de l'animal en chasse plus que de la chatte brûlante qu'il aime tant par ailleurs, et puis surtout lui aussi comme son ami bonzo tombe au quart de poil à l'orée ou à la sortie des riffs et des breaks ...
Alors que dire de plus sur cette petite merveille de rock ? c'est une magnifique mécanique musclée ce Wanton Song, un joyaux increvable qui défie le temps, il a traversé les années intact de toutes rides et de tout gras. Plus de vingt ans après sa sortie, il s'est même vu offrir le rôle de sa vie, ouvrir pour les concerts magnifiques de Jimmy Page et Robert Plant. Je n'oublierai jamais ce fameux soir du 26 Novembre 1998 à la Patinoire Mériadeck de Bordeaux où, après le set de Transglobal Underground featuring Natacha Atlas, Jimmy, Robert et leurs hommes apparurent sur scène dans une ovation alors que les riffs de la chanson impudique commençaient à nous marteller les neurones et nous réassujettir à la splendeur de leur musique...

Rien que d'y repenser, j'en pleure ...de joie !

7 - Boogie With Stu :

Rescapé des sessions du Led Zep IV en 1971 à Headley Grange, ce morceau est une véritable sucrerie pour s'amuser et se tortiller sur un dance floor brillant de gomina fin de fifties. En fait, c'est à la base un boogie-rock que l'on dit très inspiré du "Ooh My Head" de Richie Valens à tel point que c'en est même très troublant quand on écoute l'original. A la fin des années cinquante, Richie Valens était une star montante de l'early rock de cette époque, le premier mexicano-américain a devenir star aux us, il était à peine agé de 17 ans quand un sombre 3 Février 1959, un accident d'avion dans le Midwest des Etats Unis l'emporta à jamais ainsi qu'une autre star du rock dauphine d'Elvis, je veux parler de Buddy Holly. Richie rendu aux cieux des rockers, c'est sans doute pour celà que Led Zep crédita la reprise à Mrs Valens sa mère...
Ce qui frappe d'entrée dans ce boogie craquant et rafraîchissant à souhait c'est ce beat percussif, vraie épine dorsale du morceau, dont on sent qu'il est peut-être un savant mélange de hand-clap et de foot-stomp ou même de claquettes, mais la première fois que je l'ai écouté, l'idée qui me vint tout de suite à l'esprit, c'est le son des castagnettes, olé!... oui ça claque à l'espagnole ce truc, et du coup me revint à l'esprit cette phrase qu'aurait dite Jimi Hendrix à propos de Bonzo comme quoi "ce mec (Bonzo) devait avoir des castagnettes à la place des pieds". A la reflexion, ça semble presque une évidence ....
En même temps et comme pour nous détourner de notre instant d'abandon au clapping ibérique, il y a célébration d'un beau mariage, celui d'une jolie guitare rock genre acoustique, bien propre sur elle et discrète, et, entremélé, ce côté brut-cosy du vieux piano honky tonk de Ian Stewart, crédité lui aussi, et qui apporte sa dose de boogie de bouges, d'odeurs de vieux bois patinés par les coudes et les ronds de verres, de parfums de filles jolies et faciles, de fumées de tabacs pas chers et de bières chaudes bues nombreuses et à grandes goulées...
Au dessus de ce joyeux petit atelier dont les vielles machines bien huilées m'ont l'air d'aller bon train, et peut-être aussi pour faire renaître le son très sympa des voix haut perchées des rockeurs des fifties, Robert Plant a sorti sa voix de type "enfantine" c'est à dire que plus haut que ça soit tu n'as plus de voix soit tu es une....femme, hé oui, ou alors un ange ou un castrat, au choix, mais ça colle parfaitement au contexte car ça amplifie le trait de ce morceau qui prend de plus en plus l'allure d'une caricature de ce type de rock mais très respectueuse, même si le petit rire de Plant juste à la fin indique que ces cinq là on bien du s'amuser en le répétant et en l'enregistrant...
Et puis dernière touche latine à cette musique au sang bien chaud, ce sont les soli de mandoline de Page, quelle bonne idée ce clin d'oeil italien ! comme pour s'effacer avec respect devant la pureté du riff originel de la guitare de Richie Valens et pour le faire sourire d'en haut à cet adolescent qu'il était encore le jour de sa mort...

Alors au final, c'est vrai que Boogie With Stu a le parfum attachant d'un vieux pub anglais, mais l'on y peut aussi respirer de l'air américain aux jeunes fragrances mexicaines, et puis il marche en pas décidés, chaussé de bottes castagnettes, mais ne voilà-t-il pas qu'en plus il joue aussi sérénades en mandoline florentine ? Il n'y a qu'une explication à celà, ce morceau est une vraie "auberge espagnole"  et c'est ce qui fait tout son charme !

8 - Black Country Woman :

Face B du 45 tours que j'avais alors pu me payer dans l'attente du gros double, ce morceau créait une belle alternance faussement calme avec le très soul-funk Trampled Under Foot de la face A . De toutes manières, de quelque côté qu'on ait pu le prendre, ce 45 tours que j'ai du égarer a terminé sa vie usé jusqu'à l'os !
Après la fameuse intro "à l'avion" et dans une certaine continuité conceptuelle avec le précédent morceau, ce superbe blues épuré débute assez calmement avec un Robert Plant dont la voix assez plaintive semble évoquer sa "mama", peut-être veut il parler de la "Black Country", sa mère patrie, noire région minière des environs de Birmingham où Bonzo et lui grandirent ? Ou bien veut-il rendre hommage à sa propre mère ? Les paroles évoquent un peu tout celà, il les chante un peu à la manière d'une Louise Johnson, avec cette tristesse presque maniérée à l'intonation enfantine dans le souffle, comme la voix post-caprice d'un mome, mais un mome bluesy, et Jimmy Page plus mature assure à côté une belle guitare acoustique en garde rapprochée dans le même ton, celui de ces vieux blues rèches et épurés qui savent raconter l'avant sans apprêt, plus à la manière du delta qu'à celle que l'on pratique à Chicago...
Le premier refrain s'écoule ainsi  paisiblement en duo, on se croirait presque revenu au bon vieux temps des parfums de Bron-Yr-Aur... Puis au début du second, Bonzo comme alerté par ces sons familiers, prend sur lui de rejoindre discrètement ses collègues d'un métronomique pomp pomp pomp comme pour dire que lui aussi se souvient de sa région et veut participer à ce blues qui d'ailleurs s'inscruste de plus en plus dans les fractures bleutées de nos coeurs. Ils auraient pu continuer à jouer ainsi tranquillement pendant des heures tellement la formule de ce trio est efficace et aguiche l'oreille mais....
...mais comme pour apporter une belle serie de baffes contrastées à nos réveils tardifs, le troisième refrain est d'entrée baptisé très fermement par la pogne velue d'un Bonzo qui abandonne définitivement ses gentils pomp pomp pomp cambrousards pour passer à une frappe très sèche et flashy, carrément rock, à lui tout seul il imprime lourdement l'empreinte du zeppelin version lourde au virage décisif que prend alors la Black Country Woman (souvenons-nous de Gallows Pole sur le Led Zep III), hé oui voyez-vous, ce morceau était une sorte de vieille fourgonnette blues se promenant cahin caha par quelque chemin vicinal encrotté, et ne voilà-t-il pas que la main de fer de Bonzo vient juste de la transfigurer en l'équipant d'un gros moteur v8 américain surcompressé pour en faire un dragster et mieux pourfendre l'asphalte urbain ...
C'est ça la fameuse magie Zeppelinienne du chaud et froid, du flashy/heavy, on appate d'abord le client avec de la douceur et du fragile, l'on nous montre un frêle petit être musical à protéger des rudesses bétonnées, et puis progressivement l'oisillon se transforme, puis se mue en un gros aigle, l'impression d'un oiseau de rock lourd avec certes toujours sur lui les ailes d'une guitare acoustique mais au chant rafermi et  raclant profond, et pour en rajouter une couche mais dans la légèreté cette fois-ci, quel bonheur cet harmonica Plantien venu des cieux d'on ne sait où et qui illumine magnifiquement toute cette fin de strophe accidentée ...
Le dernier refrain n'offrira guère de répit, Bonzo continue à marteller , il enfonce des pointes un peu partout dans les poupées de nos âmes, Plant continue à hurloyer gentiment et Page à gratouiller soigneusement sa guitare, quelques vrilles zozotantes bien senties d'harmonica viendront apporter la touche finale à ce blues très original que jamais je ne pourrai oublier, il y a si longtemps...
 What's the matter with you, mama ?
:-(

 

9 - Sick Again :

Pour clore cet énorme album, led zep a choisi un millesime 1974, oui, une sorte de vin puissant, épais et bourru, tout frais tiré, qui bourre vite la gueule et rend les yeux hagards et les aubes pateuses. Il a la lourde charge de conclure une belle épopée comme le dernier concert de toute une tournée. Il n'est pas fait pour être forcément agréable puisque qu'en lui même, il est la "fin" de quelque chose. Il a ce goût âpre des fausses joies de troisièmes mi-temps où toutes réalités sombrent dans une cavalcade iréelle et païenne dont souvent l'on ne se souvient même plus le lendemain car on est de nouveau malade. Mais c'est à mon humble avis un très grand rock qui tire sa grandeur de ses imperfections ....
Ce morceau n'est pas plus compliqué que la migraine des petits matins aigres, la machine s'emballe par un gros riff de guitare bien épais, mal rabotté sur les contours qui entaille bien dans le lard, en plus, pour faire chic sur du mal rasé, il est doublé par une sorte d'ondoyance maladroite à sonorité électronique genre double couche mastok au son pré-80s ce qui donne au morceau ce côté hybride et un peu pataud, cette grosse masse en mouvement sera d'ailleurs percée par un magnifique solo de Page, d'une trouble netteté alliée à cette fulgurance qu'il sait sortir pour remuer les bêtes évasives. Les serviteurs sont là, ils étaient de la fête aussi et ont la gueule de bois,  la ligne de basse de Jonesy particulièrement élastique et fondue dans la matière ambiante pour ne pas que l'on remarque trop ses cernes, alors que Bonzo tape un chouias en retrait, sèchement et assez classique mais indispensable. Quant' à Plant,  sa voix semble cassée comme celle des fins de javas pas tristes, elles est assez lointaine et presque couverte par les autres, pourtant elle assure très fort et fait passer le message...
On pourrait rester sur sa faim, dire ouaip bof, mais c'est là que Jimmy et sa troupe interviennent pour nous achever et sauver le morceau, sur le finish, là où tout s'affole en un éclair, un peu comme le fading d'un Out On The Tile, vous savez bien quand Page part dans ses micro solis hyper acides et fulgurants de fin de morceaux "difficiles", là où il s'élève en gamme en incrustant ces pépites sur l'écran marqué FIN, alors que Plant a lui aussi élevé sa voix à l'unisson de Jimmy dans des aaahhh aaaah  aaaahh  aaaahhh  hypnotiques et crescendo qui montent si haut dans le ciel, soutenus derrière par le pacte Jonesy-Bonzo tout possédés qu'ils sont par la soudaine excitation de ce deuxième réveil ...

C'est pour tout ça que Sick Again est grand car il s'est d'abord montré rock à tronche blafarde, mal rasée, gauche et conventionnelle, puis il s'est regardé dans la glace, il s'est dégouté, il a réflechi quelques instants puis s'est carrément  auto coup-de-pied-au-culté pour déverser son énergie du désespoir sur les derniers instants de lui-même ....Et grand bien lui en a pris car non content de former superbe conclusion à ce double album, ses maîtres l'ont même retenus pour le sacre du live.

doms

 

Presence - La critique morceau par morceau :

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1 - Achilles Last Stand :

Quelle ne fut pas ma surprise quand un beau matin du printemps 1976, feuilletant tranquillement la revue « Best », je tombais sur un article annonçant la sortie imminente de « Presence », ah bon ? Déjà ? hé oui, et l’on ne m’avait rien dit ! L’album avait la lourde tâche de succéder à « Physical Graffiti ». Alors vous pensez bien, adrénaline à fond la caisse, je croyais rêver ! L’article parlait de seulement sept nouveaux morceaux dont un plutôt long (Achilles Last Stand, le nouveau Kashmir ?), un blues rarement aussi brûlant (Tea For One) et quelques autres affûtés comme des sabres de combat, après l’orgie graffitique cela faisait bien peu 7. Et puis pour le people, l’article disait que Plant se déplaçait en fauteuil roulant suite à son accident de voiture sur l’île de Rhodes, il aurait même passé une partie de sa convalescence à Malibu dans la California sunlight lisant du Nietzsche…Bref, à quoi devait-on s’attendre ? sachant qu’en plus, il nous était précisé que l’album avait du être enregistré assez vite au Musicland à Munich car les Rolling Stones trépignaient d’impatience d’y enregistrer leur « Black and Blue », et chacun sait que l’on ne fait pas attendre les Glimmer Twins.

L’un de mes frères guetteurs aperçut le disque dans les bacs d’une grande surface pas très éloignée. Mon sang ne fit qu’un tour, il me le fallu de suite. Ce fut chose faite le soir même. Quel bel album tout blanc, photos rendues bizarres par « l’objet » mystérieux, pochette sentant bon et ressemblant à s’y méprendre à celle du « Wish You Were Here » des Pink Floyd, ce qui valu d’ailleurs un procès par ces derniers à son concepteur, la célèbre agence Hipgnosis and Hardie. Détail non présent sur la jaquette du cd mais que l’on pouvait voir à droite de l’image de face de la pochette du vinyle, Led Zeppelin et Presence inscrits sur deux lignes en relief mais invisibles de loin…la classe…

Avec « Physical Graffiti » il faut admettre que nous nous étions un peu embourgeoisés, par l’odeur et le confort des cuirs victoriens les plus rares dans lesquels nous avions commencé à faire un peu de gras en nous y prélassant. N’étions-nous pas nous aussi un peu la risée des punk ? Je crois que par la force des choses, « Presence » ne fut pas qu’une réponse aux punks, mais plutôt un magistral coup de pied à ses propres fesses devenues nanties et par moment presque flasques, coup de pied ferme et direct comme le put être Led Zeppelin-1 aux fesses entières du rock d’alors. La première écoute fut donc plutôt un choc non par la violence mais par une impression de se sentir un peu mal à l’aise devant une certaine rudesse, une âpreté, où tout ne nous était plus servi comme sur un plateau d’argent. On nous demandait de participer à cette nouvelle aventure interactive. Combler les éventuels silences entre les breaks, être mis en situation de réagir plus encore…

« Achilles Last Stand » annonce donc bien la couleur et met un couvert froid et glacial avec face de règlement de comptes balafrée dès le début. On pense mythologie et lutte entre titans. En guise d’intro, aiguisage circulaire d’immenses sabres électriques, il faut qu’ils puissent trancher des rocking-chairs feignasses. Puis ça commence d’entrée avec un riff faucheuse qui débroussaillera sec et superbe de droite et de gauche tout au long du morceau alors que ça pilonne déjà très sévère en arrière garde avec une grosse rythmique galopante comme montée sur d’immenses ressorts et ça ne s’arrêtera plus, ça fonce à grande vitesse et l’on entend comme des sabots guerriers foulant en continu et d’un bruit sourd les sols brûlés du passé pour mieux le fuir. John Bonham est particulièrement puissant, déjà juste après l’intro il a donné le premier coup de boutoir énorme et flash et il s’est chargé de porter l’arrête dorsale du morceau que caoutchoute comme collé son associé discret et ombrageux Jonesy. Robert Plant est au dessus de la mêlée et adopte un ton grave et assez puissant, on n’est pas vraiment dans le sobre mais il a pourtant la grâce d’un troubadour triste, chanteur de cette chanson de geste guerrière. Par endroits, sa voix monte encore assez haut dans le prolongement de tel accord de guitare ou virage du groupe dans des directions plus aigues, ce qui ajoute au dramatique de son discours. Cette fois-ci, ce qui pour moi serait son « truc vocal », ce sont ses ah ah ah…ah ah ah…ah ah ah maintes fois dits au détours de couplets, ça donne une fraîcheur bizarre à son chant, on dirait qu’il rie jaune et qu’en apprenti sorcier, il ne sait pas la trajectoire que pourra tracer ce boulet rouge de morceau qu’il est en train de chevaucher bien peu fier…

Mais le grand coutelier de la réunion c’est Jimmy Page, ça on sent très vite que « Presence » est SON album et qu’il s’est beaucoup plus mis aux manettes que par le passé parce que les autres « battaient un peu la campagne » comme on dit. On ne va pas vraiment y perdre au change remarquez. Par exemple ses guitares sur Achilles, c’est « extension du domaine de la multistrate» satisfait ou remboursé ! Quand Jimmy prend en charge un studio dans une sorte d’urgence, ça tronçonne sec au niveau rendement, il faut que ça débite, il faut que ça soit proche de la perfection, mais vite, donc pas de chichi. Pourtant, il faut néanmoins que ça fasse un minimum riche. Pas question d’être « cheap » chez les Zep. Et puis attention, les Stones attendent. Donc les guitares sont hyper efficaces et crachent du concentré de riff, pas un soupçon de lard sur ces côtes là, pourtant il y a souvent de la belle luxuriance métallique comme il sait si bien la produire. C’est ça le miracle pagien, offrir un grand orchestre de guitare en multitude d’humeurs, de travers et d’obliques à une toute petite aventure sonore d’à peine 10 mn et en faire ainsi un véritable opéra métallique aussi plein qu’un empire. On dit qu’il se serait tapé tous les soli de « Presence » en à peine 14 heures, mais quels soli bon sang ! Par exemple il y a à peine 4 mn qu’Achilles a commencé à s’emballer que voilà déjà ce que je n’ai pas peur de considérer comme l’un des deux ou trois plus beaux soli de guitare de Page sur toute sa carrière, et même du rock tout entier. Un son d’apocalypse à la flamboyance écrue, une peau mercure à l’ondoyance dangereuse mais attirante, on part sur une seule image sonore et en un retour de manche, c’est comme par magie plusieurs qui s’offrent à nous en une , et puis cette sorte de noblesse insolente façon british y est toute incluse et le clinquant n’existe pas, ce grain particulier qui n’appartient qu’à lui toujours beaucoup plus en profondeur qu’en épaisseur. Son son me fait aussi penser à cette inscription visible sur les bouteilles des meilleurs single malt écossais : « shine but not burn », ça vous réchauffe à l’intérieur, mais ça ne vous brûle pas. Page ébloui son monde. Sur le reste du morceau sa guitare patronne et multiple continuera de foncer, de virevolter, de conduire, de multi-coucher en de lourds drapés torrides étouffant les soupirs froids de la mort, j’ai même senti de furtives réminisences celtiques dans de presque imperceptibles arabesques contines/courbettes, enfin, à plusieurs reprises, elle aura presque su stopper l’infernal Achilles haletant par de monstrueux piétinements - mitrailleuses perfusés à chaque fois à nos neurones ébahis. Mais ça ne suffira pas, le morceau repartira à chaque fois de plus belle comme dopé à l’infini…

« Bonsoir, Le Crépuscule des Dieux de Monsieur est avancé » aurait-on envie de dire d’Achilles, mais c’est un peu ça en fait. Cette folle course est effrayante dans son sourire narquois et hautain. Mais sa superbe n’est pas du toc, point de staff ou de stuc, mais de la pierre monumentale, vraie, nue, solide, grattée à vif et qui seule survit aux demi-dieux. La chute d’Achille s’achève dans les mêmes circonférences glacées du début. « Achilles Last Stand », le début d’une fin en soi, le début d’une autre faim, celle de ce rock du plus que futur…


2 - For Your Life :


Je ne sais pas comment ils choisissent leurs 2° morceaux d’album chez Led Zeppelin mais si l’on en fait l’historique jusqu’à « Presence », il y a toujours eu une assez régulière alternance entre le plutôt calme et le plutôt violent. Voyez plutôt, sur Led Zep 1, c’était « Babe I’m gonna leave you » qui était sensé calmer le jeu après la furie de « Good Times Bad Times » alors qu’en revanche, sur le II « Whole Lotta Love » et « What is and what should never be » semblaient faits du même airain en fusion. Sur le III , les électrochocs d’« Immigrant song » trouvaient onguents plutôt apaisants quoique mystérieux en « Friends, puis vinrent les fameux frères du feu sublimes du IV en les brûlots « Black dog »et un « Rock and Roll » de rage. Sur « Houses of the holy » des pieds surchauffés par la folle galopade de « The Song remains the same » purent se plonger avec soulagement dans les eaux calmes de « Rain Song » avant de repartir vers « Physical Graffiti » et le pacte de plomb signé par les associés remorqueurs d’immeuble, « Custard Pie » et « The Rover ». Et nous voilà déjà rendus à ce début de « Presence » où logiquement là et vu la puissance dégagée par « Achilles », il fallait certes refroidir la marmite infernale mais ne pas lever le pied au point que le soufflé en retombe. Je voyais donc assez mal le Zep nous offrir une version reliftée d’un quelconque « Menuet du bourgeois gentilhomme » ou autre « Lettre à Elise » pour jouer les premiers ministres du royaume Presence…

L’élu fut donc ce fameux « For Your Life ». Un morceau plus immédiat que le précédent mais moins violent en apparence, presque pépère même. Fourbe, probablement. Mais quand même, la tranquilité de façade ne parvient pourtant pas à cacher une chose assez hybride et complexe battant lentement au rythme de l’inexorable tout en alimentant en données d’une logique mathématique imparable une puissante équation rock à variables funk. Par exemple, le riff principal d’apparence simple et rock est superbe de machinerie métallique multicouche là aussi, la spécialité d’un Page qui n’a pas de clavier à gérer, mais il est doublé par endroit d’un accélérateur funk qui tourne plus vite que lui et qui booste l’ensemble en le rendant plus speed, et c’est grâce à qui tout ça ? hé bien surtout à John Bonham, toujours aussi puissant et précis dans une sorte de funky attitude où sa frappe se fait flashy et resserrée mais jamais trop lourdasse, et à quelqu’un qui s’est vêtu de son T-shirt « Tamla-Motown » pour l’occasion, notre bon vieux John Paul Jones qui encore une fois Jamersonise un max en prenant le parti d’adhérer fidèlement et comme une sangsue à la colonne vertébrale rythmique de Jimmy Page, basse et guitare, même combat sur ce coup là ! Ajoutons à tout ça qu’ici, l’effet « plus » de Monsieur Balsen © est en fait un effet « moins », je m’explique, par moment, ce morceau ressemblerait presque à une démo, mais soignée et très viable « en l’état » (la preuve&hellip et sur laquelle il manquerait quelques petits overdubs de-ci de-là pour faire plus basique. Un morceau globalement assez massif certes, mais restant élégant et racé comme peut l’être un rock façon «Led Zep » quand il est dénué de toute fioriture et a accepté de faire une petite cure de Slim Fast © pour être plus digeste et cinglant…

Moyennant quoi nous dit le morceau, « moi - For Your Life- je suis un morceau rock, ça je le sais, mais sobriété aidant, avec moins de blabla et plus d’espace et donc plus d’impact grâce aux micro-silences entre les riffs/syncopes accélérés qui accentuent le rythme, et bien je suis également funk, hé oui, mais un funk « façon Led Zep », c’est à dire biaisé, forcément, des traces quoi, mais que ça vous plaise ou non, moi ça me plait, j’en voudrait même des containers entiers pour me botter mon cul de blanc bec! ». Hé bien, voilà un sacré morceau qui ne garde pas sa langue dans sa poche me direz-vous! Et d’ailleurs, puisque l’on parle de langue, on ne va quand même pas oublier ce bon Robert Plant qui lui, après avoir d’abord joué sa plaintive résignée, se complait alors dans une sorte de sobriété toute en souffrance, pas vraiment d’effet « chatte sur un toit brûlant » ni de trucs cette fois-ci, mais des poussées vocales, parfois même à la limite de l’aphonie, extirpées du fond de ses chairs blues qu’il sait si bien titiller quand il le faut, et ce jusqu’à ce magnifique fading-out dont lui seul a le secret, tout en montée aigüe, « For Your Life », « For Your Liiiiiiiiiiiiiife »…J’adore !

Bon, je sais ce que vous allez me dire, je n’ai pas trop parlé guitare, et pourtant…Pourtant oui, c’est vrai que là encore on se sent bien sur un album estampillé Jimmy. Déjà cette montée en puissance si caractéristique du morceau à grand renfort de son électricité machiavélique et du magnétisme fidèle des autres prêtres associés, avec changement de « plateau » au tiers du morceau, on passe alors à l’octave au dessus, on change de registre dans un acte nouveau d’intensité dramatique plus élevée, plus critique, on se trouve plus haut comme sur un autel d’or offert aux rayons du soleil juge. On croit savoir que les paroles du morceau traitent de drogue, ce morceau nous a lentement inoculé sa limaille de cristal, c’est vrai, comme peut-être après quelque fix ou quelque piqûre... Ce serait donc ça l’accélération ? Après cette escalade infernale, le solo de Jimmy nous éclate enfin en pleine figure comme l’issue brûlante d’un orgasme cosmique. Il est encore une fois magnifique par sa composition qui offre un royaume dans le royaume, le noyau irréductible, l’essence primale du Zep ? le suc ? Il nous joue une tragédie urbaine de verre et de métal, le soleil couchant s’y reflète tordu en rouge sang et or, une vie entière dans chacun de ses soli, là, la sienne était-elle en un tel danger pour qu’il y soit si acide ? Et puis Munich ? New York ? Los Angeles ? …Bron Yr Aur est si loin… Tout notre Jimmy passe dans ces notes de kaleidoscope en fusion, tout ! des échevaux de notes en biais et comme à contre courant de tout, le miaulement des sirènes de l’enfer, et puis les accélérations fulgurantes tordant les épaisseurs mouvantes de nos timidités et se projetant en plein ciel pour nous narguer et nous donner l’envie…Viens petit, viens…Ah mes chers amis, je sais que j’aurais du en dire moins, mais je suis dans l’impossibilité d’en dire plus….enfin, pour le moment. « For Your Life » est d’une majestueuse singularité et c’est pour cela que je l’aime tant depuis 30 ans déjà, en fait, je crois bien que c’est pour la vie, tout simplement…


3 – Royal Orleans :


On ne peut pas toujours être sérieux dans la vie et c’est vrai qu’après les deux monuments d’austérité précédents, on a besoin d’un peu de fraîcheur. En plus, c’est efficace un changement de climat, ça donne un sacré rythme si c’est bien fait, ça, les membres de Led Zeppelin l’ont compris depuis longtemps, ils ont su faire de l’alternance entre les atmosphères l’une de leurs spécialités. Ce petit morceau est donc le bienvenu pour s’amuser et se dégourdir les jambes. Très amusante aussi son origine, les paroles moqueuses de Robert Plant évoqueraient les aventures en after hours de Jonesy avec une drag queen à l’hotel du même nom, le Royal Orleans Hotel.
Voilà pour le people…

A première écoute, on sent d’entrée que Led Zeppelin veut dribler ce nouveau ballon avec des pieds rock mais des semelles funk, comme déjà fait sur « The Crunge » ou « Trampled under foot », mais en plus radical cette fois-ci. Là c’est plutôt aux Meters que l’on pense, vous savez ces espèces de morceaux courts, hyper nerveux et limite teigneux, de vrais concentrés de funk mais dont le speed et les mensurations sont assez rock et peuvent plaire aussi à des gens comme par exemple les Stones qui en ont déjà repris et en sont généralement très friands. J’ai déjà pu écouter des morceaux live des Meters, certains de 1975, hé bien je vous prie de croire que c’est de la vraie fournaise ce qu’ils faisaient sur scène ! Et cerise sur le gâteau, même si le Zep a toujours été avare de 45 tours, « Royal Orleans » eut le privilège d’être en b-side du single « Candy Store Rock », une sorte de consécration pour lui…

La recette est assez simple. Jimmy récupère l’un de ces petits riffs/tacle dont les cartons de sa cave sont remplis, il ne vide pas tous les ingrédients de la boîte mais n’en extirpe que les nerfs-de-riff qui se raniment bien vite sous ses yeux. Jonesy et Bonzo contemplent d’un regard entendu et bienveillant le petit monstre qui vient à la vie et lui inoculent leur part de fluides secrets, ceux du fameux pacte flashy/heavy auxquels ils rajoutent pour l’occasion quelques gouttes de vieux sirop néo-louisianais très fort en extraits de fleurs de bayou venimeuses à souhait. Robert Plant les a vite rejoints pour le chant baptismal au nouveau né en grandes envolées haut perchées et exemptes de toutes trace des souffrances passées. Hé hop, gaillard comme tout, le petit bonhomme commence déjà à gambader un peu partout sur un dance-floor de fortune, il n’est certes pas mal né mais c’est un peu un vilain petit canard par rapport à la classe de ses illustres devanciers funky. C’est pas qu’il fasse vraiment brouillon, non, il est quand même né en « studio », mais il a un petit côté direct presque vite fait, mal peigné, genre Gavroche court sur pattes, mais par contre il te vous a déjà une sacrée voix, ah ça oui !…

En fait, et pour redescendre un peu du livre d’images, le riff d’entrée est très incisif et plutôt primal mais fleurant l’assez puissant car tout le monde semble s’agglutiner sur tout le monde, donc ça fait bloc, la coalition des 4, il y a même une grosse raisonnance assez grave et pas très nette dans les profondeurs de derrière qui accentue le tout et fait contraste avec le tranchant du riff, et puis revoilà ces syncopes typiquement Zep qui donnent toujours plus de matière à leur rock en faisant certes blasphème de vouloir fauter black, mais ce n’est pas pécher, allons allons, par contre ça ça marche, à quelque niveau que ce soit ça a toujours fonctionné chez eux, et ça marchera toujours car ça va bien au-delà du rock et du funk, vous savez, la fameuse alternance son/silence en micro-coupures limite épileptiques et démultipliées, hé bien c’est le turbo du rythme ça, ni plus ni moins. Alors si en plus vous y rajoutez un Plant particulièrement en forme et content sur ce morceau, efficace, plus chanteur pour les gens qui dansent que pour lui-même et surtout décalé par rapport à la voix d’un chanteur funk habituel, et enfin, si en plein milieu vous greffez le cadeau du « Jimmy des 14 heures », une espèce de petit solo au vitriol, vrillé à souhait et comme sonnant « sous la cendre » genre braises insidieuses et acides, vous obtenez 2mn59 d’une efficacité redoutable, faisant malgré tout de ce morceau « moins bien né » que les autres on l’a dit, une excellente gourmandise permettant à des chairs inquiètes, les nôtres, d’être plus animales et à nos quelques neurones encore valides en stock, qui n’ont d’ailleurs pas fini d’en voir des vertes et des pas mures sur Presence et même après, d’apprécier quelques instants d’une RTT bien méritée…


4 – Nobody’s fault but mine :


Retour à de la bonne grosse cavalerie avec ce morceau très musclé et très retravaillé par rapport au blues initial de Blind Willie Johnson dont il serait issue, c’est seulement bien plus tard que j’ai appris qu’il était de lui (honte). En fait les Zep se le sont carrément réapproprié et l’ont reconstruit à leur manière, ce qui leur a permis de ne pas créditer son auteur, le procédé étant un peu bandit quand même, nous ne sommes plus en 1968 que diable ! Donc ici, on ne sent pas vraiment la filiation mais elle sera beaucoup plus évidente mucicalement sur la version acoustique vraiment blues du futur album « No Quarter » de Page & Plant en 1994. Enfin bon, on ne va pas commencer à jouer les pleureuses d’autant que pour notre bonheur, il y fait très chaud là dedans …

En fait, je trouve que le « Nobody’s fault but mine » de Presence est le portrait craché mais en plus énervé et concentré de son père spirituel « In My Times Of Dying » et ça on le sent depuis l’intro, c’est marrant comme chez certains enfants, dès le premier regard qu’ils nous lancent, on sait illico qui est leur père. Peut-être aussi que ce long blues brûlant avait su par sa force créer en nous une sorte de réflexe de Pavlov. Donc là, comme dans toutes les pièces maîtresses de Led Zeppelin, car même assez froide c’en est une, le morceau s’articule en plusieurs parties, mais plus rapprochées et concentrées car là il dispose d’à peine plus de 6mn pour convaincre…

D’entrée, de belles épaisseurs de guitare nous intriguent avec ces espèces de ronds métalliques superbes, très insistants et répétés, d’une brillance profonde mais glacée comme une amère prémonition, et puis voilà Plant qui vient les envelopper avec cette inquiétante plainte poussée plusieurs fois, ça m’avait fait penser à des chants d’esclaves stylisés, un peu comme certaines sculptures décharnées de Giacometti. Cette intro bizarre deviendra le véritable leitmotiv du morceau et sera injectée un peu partout dans les breaks pour apporter un peu d’oxygène à l’ensemble. On n’a même pas eu le temps d’avoir peur et froid avec cette longue intro toute sous tension que paf ! un énorme rock moderne nous éclate alors en pleine figure, toujours cette fameuse magie de la surprise chez eux, surtout la première fois qu’on l’écoute. Le morceau va ainsi partir dans une course effrénée hyper carrée et bizarrement très propre sur elle dans la puissance de ses impacts portés avec la précision de l’œil d’un aigle…

Oui, ça riffe très sévère et lourd, les Métalliers Réunis sont de sortie, la cohésion est totale, ça breake, ça hachure en effectif rapproché mais, je le répète, dans une sorte de propreté clinique assez effrayante. Ici, Plant est la voix donc la vie, même frêle, il semble l’un des maîtres de cet esquif sans âge, peut-être plus en avant qu’au début de l’album ou moins submergé par la fournaise produite par les trois autres, il est mieux en voix, plus inventif, il gueule, il hurle sa hargne en accrochant sa voix comme il peut à ces roches en fusion, en plus, il nous balancera l’un des passages à l’harmonica les plus brûlants de sa carrière, on n’y pose pas les doigts dessus tellement que ça chauffe. Le morceau va si vite qu’on est déjà presque arrivé à la fin, non content d’avoir riffé comme un fou, Page se fend d’un très beau solo vicelard en diable qui prend feu comme un redémarrage d’incendie que l’on croyait éteint, ça part en langue presque à raz du sol et ça te prend de ces hauteurs tournoyantes fulgurantes avec quelques fois des sonorités boisées métal d’outre tombe furtives (de 5mn11 à 5mn14, j’en suis fou oui je sais&hellip à tomber à la renverse. Quelques poignées de secondes seront encore nécessaires pour stopper la course de cet étalon magnifique…

Dans la carrière de Led Zeppelin, « Nobody’s fault but mine » est un morceau important. Il a en lui de la classe des plus grands, même s’il est moins ambitieux qu’Achilles, il porte lui aussi sa part du royaume Presence. Il montre une fois de plus ce que le groupe était capable de faire à partir d’un blues tout « simple » et que dans toute sa carrière il à fait bien plus que d’enjoliver simplement des morceaux piochés à droite à gauche. Led Zeppelin savait récompenser ses enfants méritants. C’est probablement sa redoutable efficacité qui les poussèrent à l’inscrire sur les playlists des tournées 1977, 1979 et 1980 où il ne donna pas l’impression d’être un canard boiteux...


5 – Candy Store Rock :


C’est marrant mais ce morceau m’a toujours fait penser à ces grosses pommes rouges qu’on vendait dans les fêtes foraines, recouvertes de sucre et plantées sur un bâtonnet pour que les gamins puissent les dévorer tranquilles en se promenant parmi les stands. L’insouciance. En l’écoutant, c’est aussi à des plaisirs plus adultes que je songe, les fameuses « surprises-party » ancêtres des « boums », on est dans les années 50 ou 60, on pouvait en voir quelques scènes dans des films américains avec les jeunes gars qui emmenaient leurs petites amies pour flirter dans de vieilles décapotables mastoc prêtées par les parents ou données par le grand daddy pour les récompenser de quelque réussite à des exams. Des jeunes avec des look façon «American Graffiti» ou mieux, le look du jeune guitariste dans le film « Retour vers le futur » habillé costard et portant belle gratte rouge accompagnant un groupe de baloche et pris soudain d’une crise de folie à jouer des accords zébrés de partout par une électricité du futur dont il venait, à s’en rouler par terre à la stupéfaction générale des musiciens et du public, les filles consternées, ah ben mince alors ! c’est quoi ce fou ?

Voilà donc la tronche qu’a ce petit Candy Store Rock, on sent tout de suite qu’il vient d’autre part et qu’il est là pour décrisper un peu la lourde atmosphère de Presence, comme son collègue Royal Orleans qui lui colle littéralement aux fesses sur le single dont ils furent les fiers élus moins de trois mois à peine après la sortie de leur monstre de père. En tête de proue il y a d’abord ce riff vertical très court, sorte d’interpellation assez sèche à la forme d’un drapeau électrique qui joue au yoyo en finish arrondi aigrelet pour alerter que ça va commencer et en l’espace de quelques secondes à peine c’est fou comme ce son superbe au métal de chrome cristallin semble résumer à lui tout seul toute La guitare de Presence. Et puis voilà que la meute est déjà partie sur les chapeaux de roues, on sent bien que c’est un rock très Zep mais plus simple que ce qu’ils font d’habitude, une sorte de fils simplifié du « Rock and Roll » du IV, ça gnaque ferme dans les mollets, il y a tout de leurs fameux ingrédients mais ça sonne un peu plus roots que d’habitude comme si Page avait voulu y greffer de la moelle de ses premières amours musicales fifty qui furent comme chacun sait le rockabilly, les Elvis Presley et quelques autres qui eurent tôt fait d’enflammer sa tête et ses doigts d’adolescent émerveillé devant cette musique magique. Et cette magie on la retrouve un peu dans le son de l’ensemble, une sorte de naïve fraîcheur enveloppe tout ça, des riffs aux rebords étincelants de Page aux vocaux très typés 50s de Plant, qui a visiblement l’air de se régaler à chanter tout ça, en passant par un pacte bonzojones très basiques et soudés dans cette chaude besogne cavaleuse…

Donc ça roule comme ça bon train jusqu’à un très court solo qui me fait penser à une sorte de riff étalé comme une pâte électrique sur une tartine qui aurait le son de plein de mini escadres aériennes, ce son est superbe et c’est vraiment du pur années 50 réactualisées avec éclat plus de 25 ans après genre « old songs, new sounds », c’est vraiment magnifique d’avoir réussi à le faire aussi bref et aussi ample que l’histoire entière de ce rock là. Après, le rythme reprend et va galoper sur sa lancée jusqu’au bout tout en gardant bien l’aiguille pas loin du rouge et vers la fin Robert va même faire sa pleureuse en minaudant des « Baby, it's alright, oh, it's alright » en veux-tu en voilà comme s’il ne voulait décidemment pas que le morceau s’arrête, puis c’est une ultime plainte maniérée au possible du grand blond qui sonnera le gong de la fin. Et encore une fois, sans que nous opposions la moindre résistance, le Zep a su d’entrée nous présenter ses lettres de crédits, on les a encore une fois crus sur parole car soyons honnêtes, ils ne nous ont même pas laissé le temps d’y réfléchir. On s’est fait refaire comme des bleus. C’est aussi ça l’effet Zep ! (je les aurai un jour, je les aurai&hellip


6 – Hots On For Nowhere :


A première écoute, on a la nette impression que c’est ce rock là qui devait très logiquement arriver après «Candy Store Rock». Comme ça semble une mode sur Presence, il démarre lui aussi par une sorte de valse hésitation hachurée et assez balancée qui permet de bien faire monter la pression, là on dirait une très courte mise en jambe sur piste cendrée avant l’enclenchement des chronos. On sent d’entrée un morceau typique du Zep qui va nous mettre dans la difficulté à le chroniquer car tout semble avoir déjà été dit sur ce genre d’architecture qui porte indéniablement leur griffe. En plus, ce sera d’autant plus difficile qu’il a certes sa complexité, ses tiroirs multiples, ses breaks et ses trucs et puis surtout son propre son, mais je ne dirais pas qu’il s’agit là d’un morceau flamboyant du Zep, disons plutôt qu’il s’agit d’une très honnête passerelle pour passer en quelques minutes du monde de la fête et des guiboles en folie à celui du crépuscule et de la souffrance…

Ce qui est clair c’est qu’après l’échauffement, un homme sort rapidement du lot, oui on a un magnifique Bonzo assez en avant, avec une batterie moins occultée ou ronronnante que dans le magasin à bonbecs, il est même très puissant et flash comme on l’adore avec ce petit zeste de drumming funky qui est sa marque, il gambade partout, joue les garde-fou dans les virages, ses polyrythmies rivent les trajectoires des autres, même les plus osées, bref, il semble être le cheval de halage de ce bel esquif, en disant cheval je pensais plus à l’étalon qu’à un percheron. Sauf que l’esquif s’emballe très fortement et qu’on dirait carrément un hors-bord de compétition lancé à grande vitesse, proue hors de l’eau et poupe l’affleurant à peine. Et cette sorte de légèreté de l’envol, c’est Bonzo qui la donne malgré toute sa fermeté et son apparente lourdeur…

Pendant ce temps les trois autres ne sont pas en train de jouer aux cartes ou de boire des coups, certes non, Robert Plant a sorti une voix rock superbe et pas trop maniérée, il n’est pas en souffrance mais chante comme un vrai leader de front stage avec ce beau grain et ce coffre de quand il n’a pas trop fumé ou picolé la veille, et puis il te vous décore chaque fin de couplets de très enjoués « la la la la..laaa » et vers là fin des « oh oh oh » qui donnent beaucoup de la fraîcheur de ces rocks d’antan, tous ses vocaux étant enregistrés en multicouches satinées, d’ailleurs ces « trucs » vocaux de Robert Plant semblent vraiment être l’une des « marques » de Presence, souvenons nous d’Achilles... Quand on parle de multicouches, on pense aussi à Jimmy Page bien sur, question guitare ce morceau marque le retour à plus de richesse métallisée avec un son typiquement « Presence » que l’on a déjà entendu en particulier dans les bonbons, avec toujours cette impression de réappropriation des riffs des années 50/60. Mais là reconnaissons que le travail est plus chiadé car il y a de la guitare qui vous sort de partout avec des sonorités cinglantes, le terme jaillir trouve là toute sa signification surtout quand vous avez une chaine équipée de la stéréo, Jimmy joue à quatre mains (si ce n’est plus !&hellip, c’est remarquablement bien fait et cette production là donne beaucoup de cachet à l’ensemble qui sans cela aurait peut-être couru le risque de n’être que moyen. N’oublions pas que là aussi on a l’un des fameux soli « des 14 heures », très belle envolée féline, on dirait un peu une sorte de tigre énervé qu’on l’ait tiré de son sommeil et qui rugit les mots de Jimmy dans cette effroyable logique dont lui seul a, à chaque fois, la solution de l’équation fulgurante. Une merveille de solo que je ne placerais pas très loin de celui de « For Your Life ». Enfin notre Jonesy est une fois de plus « cantonné » à son rôle de bassiste mais quel bassiste et quel groove ! en fait il est partout et son jeu colle à…, à quoi au fait ? Hé bien il semble être collé comme un frère siamois à celui de Page, tout en gardant yeux et oreilles rivées sur les cymbales et les tambours de son ami du pacte et sur les déhanchement vocaux du grand chevalier blond…

Avec « Hots On For Nowhere » on a l’impression que Led Zep a assuré les affaires courantes en nous reconnectant avec leur univers « habituel », il s’est donc échappé du « Presence » assez fou et presque difficilement maîtrisable (maîtrisé ?) des débuts, et après un peu d’amusement il s’est remis au travail en nous offrant un morceau plus typiquement zeppelinien pour ne pas qu’on perde complètement pied. Oui ça valait mieux et c’est quand même gentil de leur part, surtout quand on voit se profiler à l’horizon ce qui va suivre…


7 – Tea For One :


«L’un des blues les plus brûlants jamais écrits par Led Zeppelin…», fichtre qu’il avait raison le journaliste de m’avoir à ce point intrigué par ses mots ! Et c’est vrai qu’à peine commencé, ce blues crépusculaire laisse déjà pressentir un feu bizarre, une beauté suranné, ruisselante et baroque, tombant en lambeaux dans des eaux sombres et profondes, la sueur de la déception et de l’amertume. J’exagère à dessein, ce n’était probablement pas si tragique pour eux à l’époque, mais quand même, une histoire de lassitude, de séparation et de solitude, le titre lui-même – Tea For One - simple, triste et magnifique de brièveté, oppose un insidieux à-propos au guilleret « Tea For Two » …

Le scénario démarre par une espèce de machinerie grinçante qui ouvre brièvement le bal en plusieurs arrondis sur le tempo martelé d’un blues fourbu se traînant vers on ne sait où et puis là tout s’arrête, pof ! plus rien, on est comme en apesanteur comateuse, suspendu ivre à un bref silence élastique, puis ça se réanime déjà mais en beaucoup plus lent, comme si l’on avait imposé à ce cœur de battre désormais plus lentement. Tout s’organise alors et se met en forme comme au ralenti de souvenirs jaunis et meurtris. En tout premier plan, la guitare de Page qui est d’une beauté d’apocalypse, elle est complexe et mystérieuse, elle fait mouche à chaque note comme diabolique et empoisonnée, elle sonne ouatée et floue, mouillée comme un paysage vu par mille yeux aveuglés par des larmes. En cerbère attentif, John Bonham martèle les lourds tambours du temps et c’est tout récemment que j’ai remarqué son jeu très délicat de cymbales, un peu comme des embruns d’or associés aux drapés électriques de Page. John Paul Jones est l’ombre inquiétante et discrètement collée aux murs conspirateurs en mouvement de basse et Robert Plant est dans la grande souffrance, la séparation, la solitude de vingt quatre heures dûment offertes à l’éternité…

Seulement voilà, tout paraîtrait simple comme ça, mais il y a bien longtemps que le vrai choc pour moi, la révélation, ce fut juste après les trois premiers couplets et avant le solo Pagien, l’illumination dès la première écoute, celle de ce magnifique break à deux têtes de Page comme une sorte de compression de plusieurs mandolines qui m’ont immédiatement fait penser à des gondoles sur la lagune de Venise, allez savoir pourquoi. A son écoute j’ai vraiment senti que « Tea For One » tout entier ne pouvait qu’être latin de par cette espèce de tristesse lancinante et inouïe, tout devenait clair et d’une telle évidence ! C’est alors que j’ai commencé à gamberger sur cette ville belle et mystérieuse, otage d’eaux troubles et viciées, lieu des amours et des déchirements. Quelques années avant était sorti un film bouleversant de Luchino Visconti (*), « Mort a Venise », film de crépuscule et de fin de vie, un Dirk Bogarde magnifique incarnant un homme à la fin de sa vie déambulant dans une ville malade du choléra, il le serait plus tard lui aussi, cet homme troublé par un jeune garçon angélique, Tadzio, l’incarnation de sa propre jeunesse en fuite pour toujours et désormais irrattrapable ? Chaque fois que j’écoutais le morceau, je pensais à ce film pourtant bercé par la 5° de Mahler, je ne pouvais pour autant pas prévoir la tragique destinée de Led Zeppelin dont l’immortalité semblait alors et à tout fan comme tracée « à vie », et pourtant quelque part « Tea For One » m’apparaissait prémonitoire de quelque chose d’insondable, de grave et d’irrémédiable…

Le solo qui suit immédiatement le break confirme cette impression, il est probablement l’un des plus beaux et des plus longs jamais joués par Page, tout y est dit sur la tristesse et la souffrance, les raclements de gorge serrée, les gémissements, les plénitudes rassurées faisant suite à des airs raréfiés et des étouffements, des agonies et des résurrections… Il est profondément humain par les fragiles scintillements qu’il exhibe, comme certains autres soli majeurs de Jimmy Page il est un morceau dans le morceau sauf que là c’est trop fort et imparable, Page ? putain le con ! on ne peut qu’en pleurer tellement c’est magnifique, c’est un coup de maître qui clôture les « 14 heures de soli » dans une sorte d’immensité soyeuse et tragique. Après tout ça, la musique ne s’éternisera pas très longtemps, elle finira belle et sulfureuse, dans les mêmes circonvolutions et avec une accélération des notes en un final magnifique, puis elle s’éteindra douce et apaisée après un dernier tchac de Bonzo …

Tea For One conclut magnifiquement ce Presence qui est pour moi le meilleur album de Led Zeppelin parce que c’est le seul a ne pas envoyer de poudre aux yeux car il se présente sans fard, sans compromission, il n’a pas les yeux faits et ne tapine pas. Huit ans après Led Zep I, son vrai père spirituel, c’était un peu comme leur « heure de vérité », la présentation écorchée de tout ce qu’ils étaient et l’annonce de ce qu’ils pourraient continuer à faire même si le futur ne les y aida pas. Il y avait un énorme potentiel dans cet album, même si l’histoire à prouvé que c’était déjà un peu leur chant du cygne, ils avaient malgré tout écrit une musique pour le futur, trente ans après on en parle encore et il sonne neuf. C’est du très grand rock, le Zep est toujours bien présent…

dom’s

(*) Luchino Visconti, duc de Modrone (2 novembre 1906, Milan — 17 mars 1976, Rome).

In Through The Outdoor - la critique morceau par morceau :

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1 – In The Evening

Trois longues années se sont écoulées depuis la sortie du crépusculaire Presence, entre temps on avait pu se repaître du live The Song Remains The Same, le film et le disque, certes imparfaits, les deux, mais quelle claque ce premier live ! Surtout quand on n’a jamais eu la chance de voir Led Zep « en vrai .

In Through The Outdoor arrive en plein mois d’Août 1979, il fait chaud, on apprend que les Zep l’ont enregistré dans les studios du groupe ABBA, le top de la technologie paraît-il pour l’époque. Ca nous avait fait un peu peur musicalement, et puis non, rien. On peut également lire que cet album est plus ou moins « dirigé » par John Paul Jones, ça s’entend, beaucoup de claviers, mais ce n’est pas si grave. A l’époque, cet album fut disque du mois dans Rock & Folk, belle chronique, mais je ne me souviens plus de qui.

Le deuxième disque de Physical Graffiti avait débuté par un magnifique In The Light sur fond de raga électronique apaisant, hymne au matin et à la naissance d’un jour radieux. Dès la première écoute, on a l’impression que In The Evening est son quasi contraire. Hymne à la nuit ? Il commence lui aussi par une sorte de raga inquiétant où se mêlent les gémissements d’un animal hybride à voix de guitare plaintive à des percussions électroniques lointaines, que l’on retrouvera plus tard furtivement dans Bonzo’s Montreux. Moi ça m’a toujours fait penser à un soir orageux, d’épais nuages sombres occultent un ciel immense, juste au dessous, les lumières d’une grande ville aplatie, semblable à Los Angeles, et une étroite bande de ciel infinie peignant l’horizon de la couleur du feu, celui de l’astre incandescent qui sombre, fourbu, en plein Pacifique…

Et puis Plant prononce In The Evening ! alors qu’un riff impressionnant s’abat sur nous comme l’éclair salvateur, de l’épaisseur et du brillant de larges lames combattantes. Il chante sans maniérisme mais lointain et enfoui dans les préoccupants drapés de l’électronique de Jones lequel, en plus de ses gros claviers étouffants, fait de la pumping bass de facture assez classique en rythme sénateur mais non sans une certaine élégance. Bonzo assure quant’à lui la métronomie bonhomme d’un drumming qui ne défrisera pas le moule FM. On est quand même content de percevoir les riffs répétitifs d’un Page, même en second plan. Mais, ne voilà-t-il pas que vers la moitié du morceau, lui qui veillait vient au secours du morceau qui ronronnait pour perfuser un magnifique solo vitriol dont il toujours su être le druide concocteur. Une sacrée vrille pour les oreilles et les tripes, solo entrecoupé des grondements d’un tonnerre en carton pâte rappelant un peu les décors factices du « Vogue le Navire » de Fellini. Puis c’est une belle accalmie, assez joliment posée, qui permettra à la troupe de se reposer avant que ne reprenne cette course plutôt assez sympathique, mais exempte de surprise. Page guitarouillant avec une certaine fantaisie et des arabesques bienvenues, et les autres se complaisant dans ce groove non risqué, posé sur ces nappes de synthé qui sont, quoiqu’on en dise, devenues le son de la décennie suivante, je pense par exemple au riff du Don’t You Forget (About me) des Simple Minds.

dom’s

Coda - La critique morceau par morceau :

The Song Remains The Same - La critique :

BBC Sessions - La critique :

How The West Was Won - La critique :

Livre d'or

Divers groupes musicaux où discuter :

 

Jazz-Fusion-Funk-Et-Plus (en phpbb)

 

Et sur www.zoo-logique.org :

 

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Quitte à me répéter, le site d'un grand fan de Led Zeppelin avec entre autres de belles chroniques et des petites surprises :

c'est chez Pierrou

Mais aussi d'autres sites très intéressants :

www.led-zeppelin.com

www.zeppelinart.com

www.royal-orleans.com

www.manicnirvana.com

led zeppelin pat

zosofrance

chez Jeff

pyzeppelin

Jeff Buckley

Bordeaux delta Blues

Rock et Chanson

Jazz & Blues

To be continued...

 

 

 

 

 

 

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